L’alcool et les psychotropes sont-ils à proscrire ? Pour certains, ils ouvrent la conscience, pour d’autres, ils sont la cause de la déchéance de l’Homme. Pour en savoir davantage, rendez-vous dans quelques semaines : je vais suivre très prochainement un petit cursus de formation dédié à cette thématique, yoga et psychotropes (ce sera purement théorique, hein).

Dans l’Inde ancienne, on buvait le soma, liquide non identifié (j’ai perdu quelques heures cette semaine à éplucher Academia, car un auteur mal informé avait affirmé que les secrets de cette boisson divine que l’on pourrait comparer au nectar des Dieux avaient enfin été révélés par un éminent chercheur). Que nenni, je n’ai lu que de nombreuses suppositions, traités botaniques et étude des Védas. Le soma, donc, censé nous approcher de la Connaissance, de l’éveil, de la compréhension de notre propre nature, et donc du sens de la vie et de la mort.

Si un petit verre entre amis suffisait d’atteindre l’éveil, les bars fourmilleraient de sages. Après tout, peut-être est-ce le cas : et si c’étaient nos critères de ce qui est sage et de ce qui ne l’est pas qu’il fallait revoir ?

Au moment où j'écris ces lignes, l’heure est à la célébration. En Inde, nous sommes en pleine navaratri, littéralement « les 9 nuits ». Les nuits de quoi ? De la Shakti, pardi ! Cette force vitale en nous et dans l’univers, la vie elle-même.

La Shakti est représentée par diverses figures féminines. Ce n’est pas tant que les dieux soient polygames, c’est plutôt qu’ils présentent de multiples facettes. Un principe doit s’exprimer de bien des manières, et cette variété qui sème parfois la confusion, la sensation de dispersion. Quand nous sommes perdus, revenir à l’unité, au dénominateur commun est le plus sûr moyen de retrouver son chemin.

Avec quelques yogis irrévérencieux, j’avoue que je ricane bêtement en observant quelques « dévots » s’astreindre à suivre les rites complexes observés par les brahmanes indiens, le tout en s’enorgueillissant d’être détenteurs de traditions réservées aux élus. Ces personnes ne sont pas bêtes, pourtant, elles sont même extrêmement érudites. Elles sont amoureuses du rite et de l’exotisme. C’est une voie, mais je pense qu’elle est sans issue pour nous autres occidentaux. Si l’ego s’en mêle aussi, c’est une autre histoire…

Singer les Indiens alors que nous ne sommes pas pétris de la même culture, faire fi du système des castes qui reste bien ancré même s’il est censé avoir disparu depuis des décennies, c’est se centrer sur la forme au détriment du fond. N’oublions pas que nous, étrangers, mangeurs de viande, impurs par essence, nous n’avons pas notre place dans cette Inde traditionnelle ailleurs qu’en bas de l’échelle. Chercher à devenir l'égal d'un brahmane, c'est à mon sens ne pas avoir compris ce que cela signifiait. On ne peut pas appréhender de façon juste la société indienne avec une mentalité occidentale sans que nos idéaux et nos grands principes ne soient heurtés. En tant qu'Occidental, nous sommes disqualifiés d'entrée de jeu, même si l'on croit dur comme fer à l'égalité parfaite entre les êtres humains.

J’aime la beauté simple du monde, là où l’austérité et le ritualisme ne permettent pas d’aller. J’aime raisonner et savoir m’extraire du mental pour ressentir. Je me fous complètement du statut social, de l’image donnée, de ce que va penser machin ou bidule, je m’ennuie (un peu trop) des jeux de pouvoir et je ne comprends rien aux codes cachés, aux sous-entendus, à ce que je qualifie d’hypocrisie, mais que certains appellent bonnes manières. J’aime sentir les contraires, non pas rabougrir pour s’efforcer de trouver une pseudo-cohérence, mais grandir jusqu’à s’entrechoquer : et si c’était cela, la Shakti, la vie ? Cette étincelle qui naît de la friction, qui crée le bouillonnement tantôt dévastateur tantôt euphorisant ?

Et si l’une des clefs pour « être heureux » car après tout, c’est pour cette raison que bon nombre de pratiquants se tournent vers le yoga, c’était de ne pas penser que le problème est un problème, que tout devrait être lisse et facile ?

L’absence de friction, c’est l’évitement, la mollesse, l’apathie : en un mot, l’absence de vie. La théorie est belle, mais on peut ramener cela à notre quotidien et y penser quand un collègue vient en une minute d’anéantir des heures de travail, que l’envie de meurtre envers notre patron commence à poindre alors qu’on se définit comme une personne très calme et équilibrée, que l’enfant que l’on adore se réveille pour la 149e nuit consécutive, semblant mépriser profondément notre besoin de sommeil.

Ce qui est ironique, c’est qu’une part de la pression vient de cette injonction à ce que tout soit en ordre, bien comme il faut, facile, esthétique, instagrammable, lisse. On ne peut pas forcer les gosses à dormir ni nos collègues à être sympas, mais on peut ôter cette petite part de culpabilité qui fait souvent suite à cette injonction.

Apéro du vendredi et cocktail spirituel

Pour aller mieux, on peut être tenté de se rendre dans l’un des bazars de la spiritualité, le marché des créateurs de cocktails spirituels. On y trouve parfois de très bons ingrédients : un taï chi tout frais, de l’ayurvéda en gros, et même du yoga 100 % bio et vegan. Comme pour les alcools, ce sont les mélanges qui peuvent devenir problématiques…

Notez que je ne rejette pas ces doux breuvages et que je salue la fonction sacrée attribuée aux plantes et aux fruits dans de nombreuses traditions. Dans le terme « spirituel », il est question d’esprit, tout comme les spiritueux qui sont peut-être sensés nous élever au-dessus des bassesses de la vie mondaine. Comme quoi, le yogapéro est peut-être une porte bien gardée qui s’ouvre sur l’éveil.

Mais revenons à nos mélanges. Vous vous souvenez quand vous mélangiez tous les alcools du bar de vos parents quand vous étiez ado ? Le marché de la spiritualité a des airs d’happy hour : on peut y boire tout et n’importe quoi à volonté et, dans ce milieu, il est plutôt bien vu d’ingurgiter un maximum de formations en truc quantique ou bidule énergétique. Le risque est à peu près le même que chez les téméraires adolescents en vacances d’été qui boivent cul sec le seau de Malibu-minidou (très bon cocktail, soit dit en passant, inventé par la merveilleuse Juliette). Se réveiller un jour avec une sacrée gueule de bois, voire, si la substance est consacrée, une gueule de bois sacrée, ce qui est sacrément plus classe, et ne plus trop se souvenir de ce que l’on a appris.

Tchin (mudra), comme diraient les yogis à l’heure de l’apéro.

Pourquoi cette soif nous tenaille-t-elle ?

Ne croyez pas que je critique « les autres » en me glorifiant d'être « dans le droit chemin » : comme tout être humain, je fais de nombreux pas en arrière et mon sens de l'orientation fait parfois (souvent ?) défaut. Pourquoi tombons-nous dans le piège du « happy spiritual hour » ? Si cette recherche me passionne, c’est parce que moi aussi, parfois, je peux être victime du syndrome de l’objet brillant. Tentons de voir ensemble pourquoi nous tombons tous dans ce piège, même si nous le connaissons bien. Reconnaître le terrain, c’est certainement la première étape pour savoir contourner les ornières.

« Je » ne suis pas assez

Multiplier les « disciplines spirituelles », les enseignements, les stages, les lectures, etc. c’est peut-être utile tant qu’on a la capacité de les digérer. Quand on vire à l’hyperphagie, voire à la boulimie, c’est bien plus problématique. Pourrait-on aller jusqu’à parler de TCS, troubles du comportement spirituel ? En tout cas, c’est bien de l’ordre de la compulsion. Quand cette sensation de devoir en savoir plus, travailler davantage sur soi, se purifier, etc. devient une douleur, une sensation de ne pas être « assez », la spiritualité qui devait nous aider à tracer une voie vers une forme de libération devient une entrave puissante. Cette avidité qui est reconnue par bon nombre de religions comme un obstacle voire un péché semble pourtant glorifiée quand il s’agit du domaine spirituel, mais le mécanisme est le même qu’avec l’addict à la drogue, au sexe, à la nourriture, aux jeux… Quand il y a compulsion, il ne peut pas y avoir de liberté.

J’insiste beaucoup là-dessus, car c’est quelque chose que j’observe beaucoup, et c’est d’ailleurs la principale raison qui me pousse à rester à l’écart des groupes de yogis : je ne me reconnais pas dans cette recherche de pureté totale, de connaissance ultime. Je suis intimement convaincue (et ce n’est pas pour cela que c’est juste, mais c’est mon chemin à moi !) que la liberté et la connaissance ne viennent pas d’une accumulation de connaissances théoriques, mais de l’éveil à la beauté, du vide et du silence qui laissent la place à l’ouverture. Nous en avons récemment parlé au sujet de l'espace liminal, cette zone peu définie entre deux zones qui nous apparaissent comme étant plus nettes : le lieu de l'inconfort, mais aussi, potentiellement, de la transformation.

Je prends toujours l’analogie avec la nourriture parce que ce qui nous nourrit n’est pas seulement ce que l’on met dans le corps physique, mais il faut laisser des espaces de repos au corps pour qu’il puisse digérer et assimiler les nutriments. Je crois que le processus est à peu près analogue avec ce que l’on utilise pour nourrir l’esprit : il ne suffit pas d’ingurgiter, il faut mastiquer (laisser « infuser » ces connaissances et aussi prendre le temps de se les approprier pleinement, ne pas rester en superficie) et ensuite s’accorder un temps de digestion (un repos permettant l’assimilation).

J’ai l’impression que le monde actuel, avec la possibilité d’être stimulé en permanence, nous pousse dans ce travers bien humain de charger le mental de pensées, d’images, de mots, etc. dès que c’est possible. Je crois que de nombreux problèmes dits "de société" comme le burnout, la dépression, le stress chronique, etc. pourraient peut-être pas résolus, surtout s’ils sont installés depuis longtemps, mais du moins prévenus et limités en se laissant simplement quelques espaces de silence, de présence à nos corps, à nos sens, histoire de comprendre que nous ne sommes pas qu’un cerveau, mais que notre être est infiniment plus complexe. (Je ne dis pas que c’est facile, et le monde entier semble conspirer contre nous, nous empêchant d’aller dans ce sens.)

C’est donc ce temps de digestion qui permettrait de donner corps à toutes ces idées que nous empilons sans jamais rien en faire. Combien de fois avez-vous lu quelque chose qui vous semblait intelligent et plein de bon sens sans avoir pris le temps de le mettre en application ? C’est un peu comme si le fait de lire ou d’entendre remplaçait l’action : comme nous avons pris connaissance de l’information, c’est un peu comme si nous avions accompli l’action…

Tout est (trop) accessible

Pour sortir du contexte du yoga, je partage ici une petite réflexion faite par mon papa qui m’avait marquée. Il disait que quand nous n’avions fourni aucun effort pour obtenir quelque chose, cette chose n’avait pas de valeur et que nous ne pouvions pas en profiter réellement. Il faisait allusion aux jeux vidéo : à mon époque, il n’y avait pas beaucoup le choix, il fallait attendre que le jeu sorte, ça coûtait un peu d’argent, donc pour une gamine de 10 ans, pas d’autre solution que d’attendre Noël pour obtenir le nouveau Mario tant convoité. Ma demi-sœur qui est née 11 ans plus tard avait quant à elle un choix pléthorique : elle pouvait télécharger gratuitement des centaines de jeux.

Ce que mon père avait noté, c’est que cette multitude de possibilités n’encourageait pas à terminer un jeu et à fournir des efforts pour aller au bout. Ça ne coûte rien, on peut en changer dès qu’on se lasse ou qu’une petite difficulté pointe le bout de son nez. C’est le discours de certains de mes amis un peu « traditionnalistes » mais appliqué à autre chose : aujourd’hui, disent-ils, les couples ne durent pas parce qu’il est devenu trop facile de changer de partenaire : rien n’incite à dépasser les difficultés au sein du couple.

Bref, que l’on parle de jeu vidéo, de yoga ou de vie maritale, vous aurez saisi l’idée : payer le prix et avoir conscience de la valeur des choses, ce n’est pas une simple règle morale à appliquer bêtement parce qu’on nous a dit que c’était bien, que c’était valorisé et qu’on allait gagner plein de points de karma. C’est surtout un cadeau que l’on se fait à soi-même. C’est l’histoire de la rose dans Le Petit Prince : cette rose, il y tient parce qu’il lui a apporté du soin. Aucune autre rose n’aura autant de valeur à ces yeux pour cette raison.

Recherche d’une solution sans effort

La multiplication des « disciplines spirituelles » est parfois aussi un moyen de ne pas creuser, de rester dans cette zone de « lune de miel » où tout dans cette nouvelle discipline et ce nouvel environnement nous semble merveilleux. Par exemple, la première fois qu’on met les pieds dans une école de yoga, si ce milieu nous parle, évidemment, tout peut sembler rose : les gens sont sympas, souriants et détendus, les pratiques nous font un effet de dingue et le prof semble être un grand sage.

Au bout de 6 mois, on peut commencer à trouver les pratiques répétitives et moins efficaces : l’effet « nouveauté » s’estompe. Au bout d’un an, on commence à trouver Gertrude un peu grande gueule et Bernard un peu pédant. Puis on voit les défauts du prof et on découvre qu’il s’agit d’un être humain, oh, surprise, pourquoi n'est-il pas parfait ? La désillusion est terrible. Quand vient l’envie d’étudier les textes, on peut se heurter à une complexité qui rebute. Donc, au bout d’un à deux ans, que fait-on ? Continue-t-on d’avancer malgré ces quelques difficultés, ou va-t-on s’inscrire au cours de tai chi en espérant y trouver le salut et la Vérité ?

Il n’y a pas de réponse, pour certains, il sera effectivement plus profitable d’aller au tai chi parce que ça leur convient mieux. Pour d’autres, cumuler une activité « de fond » comme le yoga dans notre exemple et continuer à papillonner dans d’autres disciplines pour cultiver en conscience ce besoin de nouveauté est idéal. Pour d’autres, enfin, il sera plus judicieux de se concentrer tous les efforts sur une seule discipline. Le tout est, en bon yogi, de mettre de la conscience sur ce que l’on fait. Au moins, voir si le fait de picorer d’une discipline à l’autre est là pour satisfaire un mental qui ne tient pas en place, pour ne pas faire face aux difficultés, pour vivre sans cesse l’exaltation du débutant, ou pour de meilleures raisons (meilleures dans le sens de plus profitables à notre être).

Goût pour l’exotisme

Parfois, c’est un goût pour l’exotisme que l’on vient nourrir. Là encore, ce n’est pas un jugement de valeur, seulement une invitation à mettre en lumière nos fonctionnements et ce qui peut nous limiter ou nous entraver. Par amour pour le monde indien (parfois pour ce qu’il est vraiment, plus souvent pour une vision fantasmée), il est possible de se tourner vers le yoga. Dans ce cas, la pratique sera portée par la fascination pour des ambiances, une culture… Certains condamnent cela en disant qu’on passe à côté du yoga. Peut-être, si on reste en superficie, mais pour certains, cette impulsion, cette passion de départ permettra d’embraser le bois nécessaire pour nourrir le feu du yoga. Je crois beaucoup à la passion comme combustible, du moins pour démarrer un feu, et ensuite au souvenir de la passion pour continuer à l’alimenter de façon plus mesurée et consciente. Si la passion est assez forte, elle est un moteur, mais bien souvent il s’agit d’un feu de paille…

Courir vers des réalisations ; « plus », c’est mieux

Il y a un dernier « travers » sur lequel j’ai envie de me pencher, c’est celui du « plus, c’est mieux ». J’ai déjà dû vous raconter cette histoire, mais il y a quelques années, une élève a questionné mon parcours, s’étonnant de constater que je ne faisais « que » du yoga. Pour elle, une super prof très compétente serait aussi pro de l’ayurvéda, du massage, de la danse indienne, du coaching, etc. J’avais trouvé ça vraiment idiot comme réflexion. Pour moi, il était évident qu’en cultivant mon obsession pour le yoga et en faisant tourner toutes mes activités autour du yoga, j’avais plus de chance de comprendre quelque chose qu’en multipliant les disciplines. Je me suis ensuite rendu compte que cette croyance qu’il faut s’afficher comme expert multidisciplinaire était en réalité très répandue. Chacun fait comme il l’entend, mais je pense que c’est encore un fonctionnement dont il faut avoir conscience.

Quand le monde entier nous poussera à nous disperser, il sera nécessaire de se recentrer et de choisir ce qui sert réellement nos intérêts. Tout le monde n’a pas un tempérament monomaniaque, et je ne dis pas que c’est idéal. Mais je pense que chacun devrait, au moins pour certaines étapes de la traversée, se boucher les oreilles et se faire attacher au mat du navire pour être bien certain que les décisions sont prises en conscience et pas uniquement liées à une pression sociale, à la peur de ne pas être assez, à la volonté d’épater la galerie, au besoin de gagner en légitimité, et je pense que vous pouvez poursuivre avec une liste assez longue.

Invente ton cocktail !

Il y a des trucs qui se mélangent bien et d’autres non. Pour citer de nouveau Juliette et ces cocktails infernaux, picon-oignon-goudron (même bio) c’est sûrement indigeste, mais rhum pomme, ça passe. Il y a des mariages qui sont plus heureux que d’autres, des disciplines qui se recoupent, se complètent et s’accompagnent harmonieusement. Il y en a qui sont antinomiques. C’est pour cela que beaucoup de maîtres recommandent de suivre une seule voie : pas d’effets secondaires néfastes liés au mélange. Il existe bien sûr des composés qui pris ensemble renforcent leurs effets mutuels, mais encore faut-il savoir identifier les synergies qui nous seront profitables. Chacun reste libre, avec la conscience pour seul guide !

Mes meilleures astuces anti gueule de bois

Que préconise mémé yogini pour être frais et dispo le lendemain matin, prêt à se rendre à son cours d’ashtanga dans son beau legging à 8 heures ? (on se calme les puristes, ça peut arriver à des gens très biens).

Eh bien, c’est simple : on arrête de mélanger des trucs qui ne vont pas ensemble. Si le mélange médecine chinoise + yoga par exemple peut vous sembler anodin, je vais vous proposer quelque chose de plus parlant. Notez que tout ce que je présente ici est vrai.

Vous aimez les échecs ? Moi, oui. Vous aimez la boxe ? Moi aussi. Vous n’aimerez peut-être pas le chess boxing : un round de boxe, quelques coups d’échecs, et on continue jusqu’à ce que quelqu’un soit échecs et mat ou KO. Je pense que c’est très drôle le chess boxing, mais allez dire à un champion d’échecs ou de boxe que vous développez vos compétences dans l’une ou l’autre de ces disciplines en pratiquant le chess boxing. Croyez-vous que pour vous améliorer sérieusement en échecs ou en boxe, ce soit l’idéal ? Ne vaudrait-il mieux pas apprendre l’un et l’autre, quitte à s’amuser à mélanger de temps en temps ? Concrètement, vous pensez qu’on réfléchit mieux après s’être pris une vingtaine de coups dans la tronche ou qu’on est meilleur sur un ring après s’être fumé le cerveau à contrer une ouverture inconnue ?

Pour mettre en place des cours de chess yoga ou yoga boxing, n'hésitez pas à me contacter ! (JE PLAISANTE, arrêtez de m'écrire)

Revenons au yoga. C’est très bien le yoga, ce n’est pas moi qui vais dire le contraire. Vous pouvez vous amuser déjà au sein de ce gloubi boulga (j’emploie ce terme non de façon péjorative, mais avec une certaine tendresse) que l’on appelle actuellement yoga mais qui regroupe bon nombre de disciplines, doctrines et croyances sans grand rapport les unes avec les autres à faire coexister des opposés. Par exemple, si vous vous astreignez à respecter à la lettre les écrits des Veda et ceux des Tantra, vous risquez de vos retrouver coincés...

Prenons ensuite des systèmes légèrement différents, par exemple le hatha yoga issu du shivaïsme, donc avec tout un imaginaire tantrique, et le zen qui est plus connu pour sa sobriété (certains diront austérité). Il y a de nombreux points communs, mais certaines divergences. Ces points irréconciliables peuvent chez certains être source de créativité, d’ouverture, c’est cette fameuse étincelle dont nous parlions tout à l’heure. Mais le plus souvent, deux systèmes de pensées proposant des méthodes différentes nous amènent à tourner en rond, à nous enliser dans le doute, l’oscillation : on se demande qui a raison, quel côté il faut croire. Et c’est peut-être cela la solution : accepter les divergences, les incohérences, accepter que tout ne soit pas parfaitement rangé et cohérent. C’est une bonne définition de la recherche de non-dualité ! Quitter le vrai/ faux, juste/injuste, important/dérisoire… Comprendre que les points de vue sont multiples.

Je crois qu’il n’y a pas de méthode idéale, mais une proposition qui sera plus adaptée pour chacun. Cela ne vient pas forcément de la doctrine, d’ailleurs, mais parfois l’admiration voire l’amour que l’on porte à un maître nous entraîne sur une voie et offre le carburant nécessaire pour surpasser les premiers obstacles.

Doit-on arrêter tout le reste parce que l’on se dédie au yoga ? Mais non ! Mais pour aller vers davantage de clarté, il est judicieux de savoir ce que l’on place en priorité. Quel est le chemin principal ? Dans un jeu vidéo, c’est choisir quelle est sa quête principale : on ne s’interdit pas les quêtes secondaires, mais la priorité est claire. Dans une vie, il y a des choses qui passent avant tout, des valeurs qui vous portent. Dans une journée, même si nous avons l’impression de les subir, des choix se font : à quoi sont dédiés notre temps et notre énergie ?