intuition et raison

Je suis intimement convaincue qu’une compréhension juste inclut une part de raisonnement et une part d’intuition. C’est un sujet qui me touche personnellement car je suis tiraillée entre deux mondes : beaucoup de mes collègues et amis sont bien impliqués dans le champ de la spiritualité et je ne suis pas toujours en phase avec les discours que j’entends et qui invitent à laisser de côté le plus possible le « mental discursif » pour permettre à la seule « pure intuition » de s’exprimer. J’ai aussi un pied dans un monde très matérialiste, que l’on pourrait opposer, même si je vois bien au quotidien que les frontières sont loin d’être bien marquées. Ici à l’inverse on veut contrôler, seul compte ce qui est logique et parfaitement rationnel.

Dans le milieu du yoga, on trouve parfois une invitation à réconcilier les deux, mais j’ai toujours été sceptique face à cela, et j’ai récemment compris pourquoi : je ne savais pas vraiment définir ce qu’était l’intuition, et j’avais trop foi dans la raison. C’est un sujet qui est beaucoup revenu sur le tapis (hahaha) ces derniers temps, et c’est avec une grande simplicité, aucune prétention de détenir une quelconque vérité que je partage ici avec vous mes réflexions.

Version audio de cet article (podcast au coeur du yoga)

Une tentative de définition

L’intuition, c’est quoi ? Dans le langage courant, elle évoque une sorte de pressentiment, une voix intérieure, une perception immédiate qui échappe au raisonnement logique et c’est bien ce dernier point qui suscite la méfiance, elle est incontrôlable notre intuition ! On peut toujours la convoquer, elle peut décider de ne pas venir.  Mais pour en parler sérieusement, et surtout dans une perspective liée à la pratique du yoga et de la connaissance de soi, il faut je crois éviter deux écueils : d’une part, réduire l’intuition à une forme d’irrationalité, et d’autre part, la mythifier comme un pouvoir surnaturel réservé à quelques êtres d’exception.

L’intuition n’est pas un don mystérieux tombé du ciel. Elle est une partie de l’intelligence humaine dans toute sa complexité. Elle se manifeste différemment du raisonnement analytique, mais elle n’en est pas l’opposée : ces deux modes d’entendement se complètent et s’enrichissent l’un l’autre. L’intellect fonctionne de façon plus saisissable, la compréhension se fait par étapes, par mise en ordre de la pensée et cela permet de déduire, de comprendre et d’expliquer à d’autres. C’est le mode de transmission par excellence car ce raisonnement logique est bien la seule chose qui peut être transmise !

A l’inverse, l’intuition est une perception globale, on peut la définir comme un accès immédiat à une forme de connaissance qui n’a pas encore été formulée par des mots ou des concepts. C’est cela le propre de l’intuition : elle est au-delà des mots, elle impacte souvent directement le corps avec un ressenti et, c’est bien pour cela que les esprits très rationnels s’en méfient, elle peut nous amener à des conclusions différentes de celles trouvées par notre esprit logique. S’il y a un doute, qui croire ?

Elle ramène à la surface ce que le mental n’a pas encore saisi clairement, à ce qui reste inconscient mais qui est tout de même une information perçue. Elle émerge quand l’ensemble de notre être – corps, émotions, mémoire, perceptions – expérimente une compréhension que notre pensée rationnelle n’a pas encore traitée.

L’intuition, une intelligence du corps

Un médecin m’a expliqué et cette discussion m’avait marquée que l’intuition était le mode de fonctionnement par défaut, permettant de capter très rapidement beaucoup d’informations. Il m’avait parlé de l’intuition comme quelque chose non pas de magique mais qui vient toucher au corps, et il définissait l’intuition comme une compréhension venant directement impacter le corps. En y réfléchissant ça me paraît juste : ce sont ces sueurs froides en entrant dans une pièce où tout semble pourtant accueillant, c’est la conviction qu’un nouveau travail est parfait lorsque l’on ressent en s’y rendant une sensation de chaleur et d’ouverture au creux du ventre. C’est le corps qui se tend ou se détend face à une nouvelle personne, entraînant ces pressentiments parfois étranges et qui se révèlent souvent justes : je le sens ou je ne le sens pas !

Cette sensation est bien présente et vous voyez on ne parle pas d’un truc magique : c’est on ne peut plus ancré, matériel ! Alors que la logique ne parle qu’à l’esprit l’intuition vient toucher le corps. C’est encore un mécanisme révélateur de cette séparation corps-esprit qui est très occidentale, pourquoi considérer que l’esprit n’est pas un produit du corps ? Le but n’est pas de relancer ce débat ici, mais juste de mettre un éclairage sur la cause de cette séparation, et donc sur les possibilités de réconciliation.

On peut donc arrêter de croire que l’intuition est purement spirituelle, flottant dans un espace abstrait séparé du monde physique. Elle est inséparable du corps. Ce que nous appelons parfois « intuition » est simplement une sensibilité à des signaux corporels qui nous transmettent des informations utiles pour prendre nos décisions.

Le yoga offre un terrain privilégié pour explorer ce lien entre intuition et corps. Par les postures, le souffle, la méditation, on apprend à affiner la perception sensorielle. Cette attention prolongée et répétée crée une intimité avec son propre corps, qui ouvre progressivement la voie à une intelligence intuitive.

C’est pourquoi les progrès en yoga ne sont pas toujours quantifiables. Ils ne s’expriment pas en termes de performance comme atteindre telle posture, tenir tant de temps ou arrêter de respirer pendant un quart d’heure. S’il y a progrès c’est plutôt une sensation diffuse de nœuds qui se défont et pas seulement au niveau physique. On peut parler d’espaces qui s’ouvrent. Le vocabulaire est propre à chacun mais ces termes sont toujours des évocations qui parlent au corps. D’ailleurs quand je vous dis « ouverture » clarté ou encore « délier », le corps réagit s vous vous centrez assez sur ces termes, et c’est cette même intelligence qui est à l’œuvre en transformant une évocation en sensation.

Pourquoi opposer intuition et intellect ?

On oppose trop souvent l’intuition et l’intellect, comme si le premier relevait du cœur et le second du cerveau, le premier de l’irrationnel et le second du rationnel. Cette opposition est stérile et pas tout à fait juste, elle laisse croire que nous sommes des êtres tiraillés qui doivent choisir entre raison et intuition. Alors oui, nous sommes tiraillés, mais dans ce cas précis il est inutile de rajouter de la complexité et de créer avec cette croyance une sensation d’incohérence, comme s’il fallait choisir : tu es intuitif ou rationnel, il faut choisir, ça ne peut pas être les deux ! Tu soutiens Lyon ou Saint Etienne, mais pas les deux ! On n’est pas dans ce type d’opposition car en réalité, ces deux formes d’intelligence collaborent. L’intellect met en ordre, analyse, compare ; l’intuition saisit, condense, pressent. L’une et l’autre sont indispensables. La raison s’épuiserait si toutes nos perceptions devenaient conscientes et étaient traitées en conscience. A moins d’avoir une vie extrêmement sobre avec très peu de stimulations, et encore, on deviendrait fous assez rapidement.

Faire confiance uniquement à l’intuition, sans aucun travail critique, expose au risque de se laisser guider par des illusions, des peurs ou des conditionnements inconscients. Inversement, s’en remettre uniquement au raisonnement, en écartant toute perception que l’on n’est pas en mesure d’expliquer, revient à se priver d’une partie essentielle de notre capacité à appréhender le monde.

L’art de vivre avec lucidité consiste à cultiver ce dialogue intérieur entre raison et intuition. Le yoga peut favoriser cette réconciliation : il entraîne à observer avec précision, mais aussi à laisser émerger des états qui dépassent la pensée discursive. Il propose, notamment avec les pratiques méditatives, de cultiver à la fois concentration et ouverture à tout ce qui est présent dans l’instant.

Etudier le yoga ou vivre les enseignements ?

La connaissance de soi est le but du yoga. On pourrait me rétorquer que non, le but est moksha, la libération. Alors déjà, je crois que très peu de personnes peuvent envisager ce qu’est moksha : c’est un peu comme concevoir l’univers, l’esprit se heurte à un concept assez difficile à appréhender. Ensuite, et c’est bien le sens des enseignements, la connaissance est une étape essentielle sur la voie de cette libération. Pour se libérer, il faut savoir qui se libère, le truc que j’appelle je, et ce qu’est cette chose dont « je » veut se libérer. La voie vers moksha est d’ailleurs décrite ainsi : il y a une part d’effort à fournir et ensuite quelque chose qui se fait ou ne se fait pas. Même Patanjali définit yoga comme abhyasa et vairagya, alors même si l’on ne peut pas réduire ces termes à raison  et intuition, on retrouve cette double idée de contrôle et d’ouverture.

La connaissance complète serait donc ce savant mélange de savoir et de ressenti.

À travers la pratique régulière, on apprend à voir comment le mental fonctionne : ses réactions automatiques, ses attachements, ses peurs, ses élans. On observe aussi comment le corps et l’esprit interagissent : comment une tension dans la mâchoire peut influencer une humeur, comment une respiration profonde peut calmer un flot de pensées.

Cette observation n’est pas de l’ordre de la connaissance théorique : elle est vécue, ressentie, et sa véracité ne peut pas être discutée. Et c’est là que se déploie une forme d’intelligence intuitive, qui ne consiste pas à raisonner sur le corps ou le mental, mais à les ressentir directement. Le pranayama ou les exercices de concentration ouvrent parfois à des états où une compréhension silencieuse (c’est-à-dire-au-delà des mots) peut émerger. La concentration prolongée sur un objet permet de voir apparaître des dynamiques intérieures que l’intellect seul n’aurait pas détectées.

L’intuition est au cœur du yoga : elle est cette capacité à reconnaître intérieurement, sans discours et sans le filtre des mots qui limite, fige et dénature l’expérience vécue, la vérité de notre expérience.

Laisser infuser les enseignements

Si les enseignements du yoga étaient un médicament, on prescrirait une faible dose à diluer et on inviterait le patient à laisser agir un temps suffisant avant d’en prendre de nouveau !

Un autre aspect de l’intuition est lié à notre rapport aux textes et aux savoirs. Dans les traditions anciennes, on étudiait les écritures par petites portions. On prenait un verset, un aphorisme, et on le laissait résonner en soi, parfois pendant des jours ou des semaines. On laissait alors le sens se déployer au-delà des mots pour toucher l’être au-delà de la seule compréhension intellectuelle.

Aujourd’hui, notre rapport à la lecture est souvent frénétique : il lire beaucoup et prendre un livre du début à la fin. Nous voulons comprendre immédiatement, tout saisir, tout analyser. Mais ce rythme empêche l’intuition de s’éveiller. Elle a besoin de temps, de moments de silence, d’un espace où les mots peuvent être déposés. Disons qu’ils mettent du temps à délivrer tout leur suc et qu’en étant pressés on se prive d’une grande part de l’essentiel. C’est notre rapport à la connaissance et nos habitudes d’apprentissage qui veulent cela, aussi. Pour la plupart d’entre nous (et c’est d’ailleurs ce que l’on apprend durant nos études) il faut assimiler un maximum de connaissances en un minimum de temps. Je vais vous dire, ça m’arrange que mon médecin ait appris plein de trucs et ne s’en remette pas uniquement à son intuition ! Mais le problème, c’est d’appliquer cette méthode à tous types de connaissances.

Laisser un texte infuser c’est prendre le risque de ne pas tout comprendre tout de suite, et accepter que le temps soit notre allié, c’est grâce à lui, à son effet que les mots accepteront finalement de livrer leurs sens. C’est aussi reconnaître que l’intuition a besoin d’un certain type de terrain fertile : patience, ouverture, présence sont les ingrédients qui permettent de le rendre fertile.

Pratique rigoureuse ou liberté intuitive : le yogi et l’artiste

Une question récurrente est celle de la place de la discipline et de la spontanéité. Faut-il pratiquer de manière rigoureuse comme un élève appliqué ou laisser libre cours à son intuition, improviser, inventer ?

L’analogie avec l’art est éclairante. Un musicien commence par faire ses gammes, répéter des morceaux et suivre des partitions, sauf cas très exceptionnels. Ce travail rigoureux n’est pas une fin en soi, mais un moyen : il prépare le geste et l’oreille. Ce n’est qu’après avoir intégré cette base qu’il peut improviser ou composer. Vouloir composer sans avoir appris certaines bases c’est l’assurance de faire une bouillie sonore assez infâme !

Un peintre apprend d’abord à copier, en tout cas c’est la voie d’enseignement traditionnel de nombreuses écoles de peinture. Cette rigueur permet de développer un geste précis et une excellente capacité d’observation. Puis vient le moment de créer laisser libre cours à la création pure, à partir de nos propres idées, et l’expression de ces idées se fera de façon structurée et esthétique grâce aux codes que nous avons appris au préalable durant des années !

Le yoga suit la même logique : on apprend les postures, les techniques de respiration, les exercices de concentration. On ose ensuite entrer dans une pratique plus intuitive, où l’on suit son propre rythme et où les la spontanéité occupe davantage de place.

Le rôle du maître

Ça fait partie de mes rengaines, et vous trouverez même très bientôt un numéro entier de la revue Infos Yoga dédié à ce sujet qui me tient à cœur et qui je crois est central lorsque l’on s’implique corps et âme dans l’apprentissage du yoga.

Dans cette exploration, une question délicate surgit : faut-il un maître ? Dans la tradition du yoga, le rôle du maître ou du guide semble central si l’on en croit certains enseignements... Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Sans maître, point de salut ?

Un maître n’est pas simplement un professeur qui transmet un savoir : il fait distinguer maître et enseignant. Le maître inspire, tandis que le professeur ou instructeur donne des techniques. Son rôle n’est pas d’apporter une accumulation de connaissances extérieures, mais plutôt de créer un lien qui se veut transformateur. C’est la relation qui va impacter le disciple, plus que le contenu de ce qui est transmis. La présence d’un maître, sa manière d’être, son regard, ce qui nous touche en lui… Tout cela peut révéler en nous des espaces que nous n’aurions pas réussi à atteindre seuls.

Et c’est donc là où je voulais en venir, nous parlions d’intuition. Avec le professeur de yoga on reste dans le raisonnement : je viens apprendre des techniques. Evidemment cette personne peut m’inspirer, mais ce n’est pas du même ordre, tout reste très terre à terre et très axé sur la technique. Avec le maître en revanche le mode intuitif si l’on peut dire s’enclenche : on sort du domaine du rationnel et bien souvent sans trop savoir pourquoi ceux qui ont trouvé un maître se retrouvent transformés sans avoir entièrement conscience du processus qui s’est mit en route. La transformation a eu lieu, c’est tout.

Quant à la question de la nécessité d’avoir un maître, c’est un autre sujet, et nous y reviendrons prochainement !

Le silence qui laisse l’intuition émerger

L’intuition ne se manifeste pas dans le bruit ni au cœur de l’agitation ; elle a besoin d’un espace de silence, une certaine mise en disponibilité. Je ne vous fais pas le couplet sur le monde actuel blablabla plein de sollicitations permanentes, mais c’est sûr qu’en étant constamment occupé, sollicité, happé par des objets qui attirent nos sens il est difficile de laisser ce petit espace nécessaire au ressenti et donc à l’émergence de l’intuition.

C’est dans les moments où le mental se calme que l’intuition a le plus de chances de montrer le bout de son nez. La marche prolongée, la méditation, la respiration consciente, le yoga, mais aussi certaines pratiques sportives ou artistiques sont propices à la création de cet espace. Je ne pense pas que le yoga ait le monopole: toute expérience qui nécessite présence à soi, observation et silence peut devenir une porte d’entrée.

Intuition ou conditionnement ? Le discernement nécessaire

Une difficulté majeure est de distinguer l’intuition véritable d’autres forces intérieures qui peuvent la masquer : la peur, le désir, le préjugé, l’habitude… Vous voyez. On a vite fait de se fourvoyer et de prendre pour intuition un raccourci mental qui s’est créé par habitude. On peut croire écouter son intuition alors qu’on obéit simplement à une émotion forte ou à un schéma inconscient.

C’est pourquoi l’intuition doit être apprivoisée. Comment faire ? Ce serait assez drôle de donner une méthode bien carrée et rigoureuse pour apprendre à développer son intuition ! Je pense que certains l’ont fait, et c’est même possible que ça fonctionne. C’est assez bateau mais personne ne le fait donc je me permet d’énoncer l’évidence, laisser des moments de vide dans sa vie pour s’ennuyer ou au moins s’octroyer le luxe d’agir sans pression du résultat me semble un bon moyen d’inviter l’intuition à reprendre sa place. Avant de prendre une décision, on peut aussi la laisser s’exprimer (ce qui ne veut pas dire lui laisser systématiquement le dernier mot). Vous avez un filet de sécurité, vous n’avez pas signé de votre sang un pacte qui vous oblige ad vitam aeternam à suivre votre intuition et elle seule ! Personnellement j’aime bien jouer avec elle. Allez, comme vous êtes sympa je partage avec vous l’un de mes secrets les plus inavouables.

J’ai beau être une yogini parfaite, et qui plus est très modeste, il m’arrive d’avoir une opinion sur les personnes. Je reste toujours à l’écoute de ma « première impression » que je passe ensuite par quelques filtres plus rationnels. Parfois il ya des personnes que je ne « sens pas » et j’essaie de savoir pourquoi. EN creusant je tombe sur de drôles de réponses : cette personne me fait penser à une autre que j’ai rencontrée il y a quelques années et avec laquelle j’ai eu une mauvaise expérience. Ou tel trait de caractère est absolument rédhibitoire pour moi alors je rejette tout en bloc alors que la personnalité globale me plaît assez. Parfois, j’ai saisi du non verbal qui indique que j’ai raison d’être en alerte mais après tout, la personne traverse peut-être une mauvaise passe donc elle mérite mieux qu’un jugement hâtif. Ça ne veut pas dire qu’il faut être ami avec tout le monde bien sûr ! Seulement que l’intuition est un indicateur parmi d’autres. Et là je vous parle de personnes mais c’est vrai pour un travail, une activité, une décision. Personnellement, quand je ne le sens pas, je n’y vais pas. Peut-être que je laisse passer des opportunités, mais l’expérience (et mon tempérament de grand-mère) me font préférer la prudence.

Le yoga offre ici un terrain d’entraînement. En observant sans jugement ses pensées, ses émotions, ses sensations, on affine progressivement la capacité de discernement. On apprend à reconnaître ce qui vient d’une peur, d’un attachement, et ce qui s’enracine dans une perception plus claire.

L’intuition et la confiance en soi

En début de podcast, j’évoquais la question de la confiance. Faire confiance à soi-même implique deux dimensions : d’une part, faire confiance à sa capacité de raisonnement, et d’autre part, à son intuition.

Faire confiance à son raisonnement ne signifie pas croire qu’il est infaillible, mais reconnaître qu’il est suffisamment fiable pour guider nos choix dans la plupart des cas. Faire confiance à son intuition, en revanche, suppose de la connaître, de l’avoir apprivoisée, afin de ne pas la confondre avec des impulsions parasites.

Cette double confiance si l’on peut dire ça comme ça constitue le socle d’une certaine autonomie intérieure. C’est en expérimentant et aussi en se trompant parfois, mais dans tous les cas en apprenant, que l’on renforce cette confiance.

L’importance des temps d’intégration

Un des aspects les plus négligés du yoga, et pourtant essentiels, est le temps après la pratique (après une technique, après la séance). Beaucoup veulent enchaîner les postures, respirer, méditer, vite vite faire le plus de trucs possibles (j’ai même vu un prof qui était très fier de proposer entre 60 et 80 postures par cours !!!) puis passer à autre chose. Mais c’est dans le temps d’intégration (de ressenti, entre les pratiques) que l’intuition a l’occasion de s’exprimer. Pour un peu plus d’infos sur ces espaces entre deux, je vous ajoute en description le podcast que j’avais tourné sur l’espace liminal qui met l’accent spécifiquement sur ces temps de transition).

Certains trouvent les temps de « rien » insupportables et vraiment tout sauf reposants car il y a trop de pensées, trop d’agitation. Mais justement, voyez ce temps comme une loupe : il révèle l’état réel du mental que l’on ne perçoit pas (que l’on ne conscientise pas) dans la frénésie de nos vies quotidiennes. Observer le flot des pensées est le but même de la pratique. Et c’est en traversant cette agitation que, peu à peu, un espace de calme se crée, où l’intuition peut (parfois, peut-être, si les planètes sont alignées) émerger.

Conclusion

L’intuition n’est pas un machin mystérieux, magique, réservé à quelques élus. Elle est une dimension fondamentale de l’intelligence humaine que chacun peut cultiver. Elle ne s’oppose pas à la raison, j’aime plutôt penser qu’elle la complète. Elle s’enracine dans le corps car celui-ci nous envoie bien des messages, plus ou moins agréables, pour faire entendre cette voix que l’on a parfois envie de faire taire : la gorge serrée, le ventre noué, ou ces frissons qui parcourent tout le corps apparemment sans raison...

Le yoga, en tant que discipline de la connaissance de soi, est une école précieuse pour affiner l’intuition mais il n’est pas le seul chemin : toute expérience qui nous ramène à nous-mêmes et qui accepte un tant soit peu le vide et le silence peut nous aider à la développer.