Cet article n'est pas sérieux, et je vous garantis que je n'ai fait aucune faute de frappe dans le titre.

Il s'agit de la newsletter de Pâques 2026, envoyée aux abonnés (pour les rejoindre, c'est par ici). 

Si vous recevez cette newsletter, c’est soit parce que vous vous y êtes inscrit récemment (et dans ce cas, bienvenue !), soit parce que vous me connaissez depuis un temps certain et que vous partagez avec moi l’amour du yoga ou de l’Inde (un grand merci à vous !). Chers lecteurs, cette newsletter prend la forme d’une très sérieuse introspection et je vous invite à vous poser une question fondamentale : êtes-vous poulythéiste ?

Laissez le temps de cette lecture vos idées préconçues de côté, abandonnez qui vous croyez être ou qui vous voulez être pour laisser un peu d’espace à ce "qui" vous êtes qui se sent trop souvent jugé par les deux autres.

Par un bel après-midi d’avril, j’étais tranquillement en train de tondre ma pelouse, ce qui est comme chacun sait, une activité propice à l’introspection. À ma grande surprise, mon troupeau de poules tente de se coller à ladite tondeuse, qui devrait plutôt s’apparenter pour elles à l’instrument de l’Apocalypse au vu du bruit produit par l’engin. Lesdites cocottes sont assez chochottes et le moindre bruit me vaut en général un bon quart d’heure de « cot cot » enflammés en signe de mécontentement.

Mais voilà, la tondeuse semble trouver grâce à leurs yeux. Il est vrai qu’elles aiment se blottir contre elle sans que je n’aie jamais compris pourquoi. D’autres objets insolites semblent également les fasciner, comme une grelinette, une certaine jardinière, le tuyau d’arrosage ou encore les outils servant à retourner le compost. À l’inverse, sans que je comprenne pourquoi, la seule vue de l’arrosoir, du balai ou de la poubelle suffit à les faire décamper à toutes pattes.

Cela pose une question qui restera sans réponse : peut-être que ces objets remplissent tous pour elles une fonction qui les rend aimables ou détestables. Je sais bien que la grelinette signifie brassage de la terre et donc gros festin en perspective, mais le compost tout comme la poubelle servent à stocker les déchets, et l’arrosoir et le tuyau d’arrosage permettent de faire couler de l’eau. J’ai l’impression que les poules adorent certains objets sans que cela ne soit lié à leur fonction. Et que cela soit vrai ou que mon ignorance m’empêche de voir l’intégralité des fonctions remplies par ces objets importe peu : pour un observateur non-poule, cela reste illogique. Pour moi, une seule chose explique ce comportement : une forme d’amour ! Ou au moins d’appréciation. C’est certainement faux mais laissez-moi rêver et appelons le fait d’aimer un objet indépendamment du bénéfice que j’en retire le poulythéisme.

Changeons d’environnement, revenons dans la maison aux dernières heures de la journée où Léo Lechat, fidèle assistant qui gère la publication de la revue Infos Yoga, se réveille après une dure journée de labeur sieste. Il vient se frotter contre moi et, attendrie, je prends cela pour un geste d’affection. Tandis que les poules, ces ingrates, semblent préférer une vulgaire tondeuse à la personne qui vient les nourrir chaque matin, le chat est affectueux et s’attache à son humain. Mais voilà qu’il fait de même avec la table, la porte, le pied de mon bureau…

Soit il marque son territoire, soit il a des puces et une furieuse envie de se gratter ; je me sens soudain très petite, au même rang qu’un pied de meuble, ce qui est assez mauvais pour mon ego (oui oui j’en ai encore).

Le chat a lui aussi, comme les poules, ses objets préférés : mon tapis de yoga (car il fait ses griffes dessus), le canapé blanc (ses poils sont noirs, tout le monde comprend donc rapidement qu’il s’agit de son canapé), le lavabo (beaucoup plus rigolo que le bol pour boire). À l’inverse, il déteste l’aspirateur à cause du bruit, l’arrosoir car s’il approche, il risque de s’humidifier le poil (pauvre arrosoir, personne ne l’aime ici) ou encore le violoncelle car il est vrai que les sons qui en sortent sont rarement d’une justesse folle.

Le comportement du chat me semble plus intéressé : il aime ou déteste suivant ce que l’objet lui apporte. Il me paraît également plus logique, ce qui me fait comprendre que si le poulythéisme me semble bien supérieur car désintéressé, je suis plutôt centrée sur ce qu’un objet m’apporte ou non.

Lorsque nous parlons d’objets, cette vision semble acceptable. Mais nous, humains, suivons-nous la même logique lorsqu’il s’agit de relations ?

Bien entendu, même si certains trouvent cela condamnable. Il me semble sain de préférer la compagnie de personnes avec lesquelles on partage de bonnes discussions à celle de ceux qui nous insultent.

J’en viens à ma conclusion : lorsque l’on n’aime pas une personne, au lieu de culpabiliser ou d’invoquer les 4 accords toltèques, de chercher la raison dans une vie antérieure ou encore de s’interdire ce sentiment car cela n’est pas conforme à la morale que nous rêvons d’incarner (ou que d’autres rêvent que l’on incarne), peut-être que cela en dit davantage sur nous et nos besoins que sur la personne elle-même. Que l’on soit du côté de celui qui apprécie (ou pas) ou de celui qui est apprécié (ou pas) nous pouvons donc en déduire que dans ce jeu-là, il ne faut rien prendre personnellement (ah ben si en fait on retombe sur les accords toltèques).

Peut-être vous demandez-vous maintenant, en ces termes ou dans d’autres, que j’exprime pour ma part au moyen de la très élégante expression chère à mon grand-père : « elle serait pas complètement fondue c’te pt’iote ? ». Je n’ai qu’une chose à dire : ce jugement ne concerne que vous !

Si vous trouvez étrange cette manie que j’ai d’observer les animaux, les saisons, les plantes… Pour inspirer mes réflexions, je vous invite à lire ce superbe texte écrit par ma très chère enseignante de sanskrit, Dîpa, au sujet des maîtres !