Ardha Matsyendrasana, le nom de cette posture, ne vous dit peut-être rien. Mais c'est l'une des plus fréquemment proposées dans les cours et séances de hatha yoga !

Découvrez la belle histoire du roi des poissons, qui vous donner peut-être envie de pratiquer davantage cet asana qui nous fait voyager aux origines de la transmission. C'est l'une des postures les plus facilement adaptables, avec peu de contre indications.

Et comme d'habitude, les bénéfices sont extraordinaires d'après les plus fameux traités de hatha yoga !

Cet article fait partie d'un travail plus large, la liste et la description des 84 postures "officielles" présentées dans les traités de hatha yoga. La liste qui suit est proposée par les écoles natha. 

Matsyendranath

Matsyendranath

Comprendre le nom de la posture ardha matsyendrasana

Le nom de cette posture de yoga semble un peu long et ingrat à prononcer. C'est parce qu'en sanskrit, les mots peuvent (et c'est souvent le cas) se coller les uns aux autres.

Juste pour les sanskritistes, admirez quand même la graphie ! Les ligatures !  मत्स्येन्द्रासन

On se retrouve donc souvent avec des mots à rallonge, mais une fois que l'on sait les découper, tout devient (un peu) plus clair !

Notez que ce sont souvent les mêmes mots qui reviennent pour décrire les postures. Avec peu de vocabulaire sanskrit, vous avez déjà de quoi comprendre une bonne partie des noms des 84 asanas du hatha yoga.

Etymologie d’ardha mastyendrasana

Ardha = demi

Matsya = poisson

Indra = le dieu, le seigneur

Asana = la posture

Littéralement, "ardha mastysendrasana" signifie donc "la demi posture du roi des poissons".

Pourtant, on la traduit rarement ainsi. Beaucoup d'enseignants ne la nomment pas ou parlent simplement de torsion. Et fréquemment, on l'appelle posture de Matsyendra. Parce que Matsyendra est un nom propre. Tout comme certaines s'appellent Prune ou Clémentine, ce cher monsieur s'appelait Matsyendra.

Lisez plutôt son histoire...

L’histoire du sage Matsyendranath

shiva et parvati

Shiva et Parvati. Bon, là ils ne sont pas sur l'île de la lune mais en train de se préparer un petit bhang. Ne vous étonnez pas ensuite qu'ils disent parler aux poissons...

Diverses versions sont proposées, en voici une parmi un océan de possibilités. Si vous en trouvez de belles et poétiques, n'hésitez pas à les partager. Quant à leur véracité, je serais bien en peine de juger, n'ayant pas été témoin oculaire de la scène.

On dit que Shiva et sa femme Parvati s'étaient rendus sur l'île de la Lune, petit rocher perdu au milieu de l'océan, pour échanger sur les secrets du yoga.

De cette île perdue et déserte, nul être vivant n'était supposé les entendre et ainsi, les enseignements du yoga resteraient très secrets.

Parvati était distraite, et Shiva lui posa une question relative aux enseignements.

Ce n'est pas la voix de Parvati (endormie), mais celle d'un petit poisson qui était resté là à les écouter qui lui répondit.

Une réponse pleine de sagesse qui impressionna Shiva. Shiva donna alors au poisson une forme humaine, d'où son nom, Matsyendra (seigneur des poissons).

La mission du sage serait ensuite de transmettre ces enseignements secrets qu'il avait si bien compris. C'est ainsi que le premier yogi humain d'origine poisson fut à l'origine de la tradition.

Astuce de survie pour yogi

Quand vous êtes pris dans des querelles d'écoles, de type de yoga, de connaissances ou de maître réputé meilleur qu'un autre, remémorez-vous cette histoire, elle remet beaucoup de choses et de personnes à leur place ! Avec humour, bien entendu.

On entend parfois une autre version, qui est celle relatée dans le Skanda Purana par exemple, où cette fois ce n'est pas un poisson qui entend les enseignements mais un homme qui s'était fait avaler par un poisson gigantesque. D'où l'histoire du menuisier dans le vendre de la baleine, comme dans Pinocchio ?

On trouve au fil de l'histoire des personnages ayant porté le nom de Matsyendranath (nath = passeur, et c'est aussi le nom d'une lignée de yogis).

Le sage du nom de Matsyendranath

Dans la Hatha Yoga Pradipika, avant le chapitre lié à la description des différents asanas du hatha yoga, un passage fait mention de Matysendranath comme le premier des yogis :

Matsyendra, Goraksha connurent en premier lieu la science du Hatha-Yoga. Le Yogi Svâtârâma pu ensuite l’apprendre grâce à eux.

Matsyendra aurait donc été à l'origine de la transmission, puis son disciple Goraksha, lui aussi fort connu et lui aussi ayant une posture à son nom aurait repris le flambeau.

Notez que comme pour Matsyendranath, il existe de nombreux auteurs du nom de Gorakshanath.

Nul besoin de chercher la précision historique. Bien souvent, les auteurs ont pris ce pseudonyme pour écrire dans la continuité d'une lignée. Une belle manière de transmettre pour la joie de diffuser la connaissance et non pour la gratification personnelle ou la postérité.

Prendre la posture d’ardha Matsyendrasana

Description de la posture dans les traités de hatha yoga

Celle-ci, on a de la chance, elle est décrite assez systématiquement. Il s'agit d'une posture majeure, importante.

Hatha Yoga Pradipika

Après avoir saisi le pied droit posé à la base de la cuisse gauche et le pied gauche posé contre l’extérieur du genou droit, se redresser le buste tourné dans la direction opposé : ceci est l’asana enseigné par Sri Matsyendranatha.

Matsyendrasana est l’arme qui détruit quantité de terribles maladies : grâce à une pratique assidue de celle-ci, le feu digestif des hommes est ranimé, la kundalinî réveillée et le nectar lunaire stabilisé.

Un bref éclairage sur ces belles promesses :

Le feu digestif, c'est quand même la clef au niveau santé, surtout dans une Inde où la sécurité alimentaire et l'hygiène n'étaient peut-être pas aussi bonnes qu'aujourd'hui. Toute personne ayant déjà fait un séjour en Inde pourra savourer toute l'ironie de cette réflexion.

La kundalini, c'est l'énergie. On éveille donc un supplément d'énergie avec ardha matsyendrasana. Peut-être jusqu'à atteindre l'éveil ?

Enfin, le "nectar lunaire" fait référence à l'amrita, élixir d'immortalité. Selon les légendes indiennes, nous avons tous au niveau de la tête une certaine quantité de ce nectar qui s'écoule vers le bas. Si l'on ne fait rien, il est consumé et se perd petit à petit comme l'huile d'une lampe qui brûle. Le yogi sait économiser le précieux élixir. Celui qui maîtrise la combustion du nectar lunaire s'assure une vie longue et en bonne santé.

Hatha Ratnavali

Placez le pied droit à la racine de la cuisse gauche et placez la jambe gauche à côté du genou droit. Tenez la jambe gauche par la main
main droite et tournez le corps en restant stable. Cet asana est enseigné par Matsyendranatha.

Le texte expose également les bienfaits d'ardha matsyendrasana :

Renforce le feu digestif, élimine les maladies graves, stabilise la colonne vertébrale.

Gherandha Samhita

Tordre le buste comme si on voulait faire passer l'estomac à la place du dos. Tenir énergiquement cette position. Pliez la jambe gauche et fixer le pied gauche au-dessus du genou droit. Faire passer ensuite le coude du bras droit sur l'autre genou. Tourner le visage vers la main droite. Le regard doit être immobilisé entre les deux sourcils. C'est ce qu'on appelle matsyendrasana, la posture du sage Matsyendra.

S’installer dans la posture d’ardha matsyendrasana

Les points clef de la posture

Les postures de torsion sont avant tout des postures de verticalité. Le plus important est de préserver l'orientation verticale de la sushumna, l'axe du corps. Visualisez un trait partant de la base de la colonne vertébrale et allant jusqu'au sommet de votre crane. Ce trait doit rester parfaitement perpendiculaire au sol, vous êtes donc vertical.

Cet axe est important, on le visualise régulièrement au cours des séances de hatha yoga. Dans la posture d'ardha mastyendrasana, on a l'impression de s'enrouler autour de cet axe immuable. On ressent à la fois l'ancrage, la stabilité, la verticalité et l'enroulement du corps.

On insiste beaucoup sur les 3 principaux bandhas dans la posture. 3 points clef qui permettent de vérifier le bon placement du corps, la verticalité du dos :

  • Mula bandha, la contraction du périnée.
  • Uddiyana bandha, le bas du ventre rétracté (pas jusqu'à bloquer le mouvement du souffle).
  • Jalandhara bandha, un double mouvement qui incite à rentrer le menton dans la gorge tout en poussant la poitrine vers l'avant. Gardez l'idée d'aligner la nuque avec la colonne vertébrale.

Prendre l’asana pas à pas

1) On commence assis, le talon gauche vers la fesse droite. On amène ensuite le pied droit à l'extérieur du genou gauche. Si possible la plante du pied droit reste au sol et les orteils du pied droit ne s'avancent pas plus que le genou gauche.

2) Le coude gauche vient à l'extérieur du genou droit, on essaie d'attraper la cheville droite.

3) Pour accentuer la torsion, placer le bras droit vers l'arrière et amener le menton au-dessus de l'épaule droite, le regard est vers l'arrière. Attention à garder la colonne très étirée et à ne pas mettre trop de poids sur la main qui est au sol.

ardha matsyendrasana posture yoga

4) On quittera la posture sur une expiration, on peut rester un petit moment en assise jambes croisées ou avec les jambes tendues avant de faire la torsion de l'autre côté. Reprendre les instructions en inversant gauche et droite !

Adaptations courantes dans ardha matsyendrasana

Il est difficile de garder cette position au niveau des bras, on a plutôt tendance dans les cours collectifs à proposer d'enrouler le bras autour du genou au lieu de faire levier sur la jambe.

 

Au niveau des jambes, il est plus facile de garder une jambe tendue : la jambe qui est en-dessous pourra donc être tendue pour plus de confort. Cela évite d'aller mettre tout le poids sur la main qui est dans le dos, cette dernière devrait être déposée avec légèreté et délicatesse...

Petite démo en image : jambe tendue + aménagement pour positionner le bras, ce qui rend la posture bien plus accessible.

posture torsion assise yoga

Contre indications et bienfaits d’ardha matsyendrasana

Les avantages à réaliser régulièrement cet asana

  • La posture s'améliore de fois en fois. Quand on arrive à rester vertical dans ces conditions, le dos se redresse naturellement au quotidien.
  • Améliore la digestion.
  • Je ne sais pas si vous éveillerez la kundalini mais bon, vous profiterez d'un regain d'énergie.

Les cas où il ne faut pas faire la posture du roi des poissons

Il n'y a pas de contre indications pour cette posture. Suite à une opération du ventre ou du dos, évidemment, prenez un avis médical et attendez que tout soit cicatrisé...

Pour les femmes enceintes, la torsion est trop forte. On pourra adapter en limitant la torsion. C'est à dire qu'on prendra plutôt la posture comme suit :

Adaptation ardha matsyendrasana pendant la grossesse

  • Jambe gauche tendue, plante du pied droit à l'extérieur de la cuisse gauche.
  • Au lieu de se tourner vers la droite comme dans la version classique, on se tourne vers la gauche en enroulant le bras droit autour du genou droit.
  • Travail sur la verticalité, plus que jamais dans l'écoute du corps et de ses limites !

 

 

 

Crédits photos :

  • Anandanath, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons
  • Shiva et Parvati préparant le bhang (musée Guimet, Paris) - Jean-Pierre Dalbéra

 

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