Vous laisserez-vous tenter par le matérialisme spirituel ?

Pour savoir d’où me vient cette envie subite de causer matérialisme spirituel (c’est quoi ce truc d’ailleurs ?) je vais vous raconte ma vie, une fois n’est pas coutume 😀 Je viens de terminer un livre que le conseille à tous : Lettre à une jeune fille sur l’enchantement du monde de Jeremy Hayward. C’est un papa scientifique ET doté d’une grande intuition (comme quoi tout arrive) qui explique à sa fille que le monde n’est pas si noir qu’il le semble au premier abord et qu’un peu de magie subsiste pour ceux qui prennent encore le temps de la chercher. Au travers de 25 lettres, il m’a redonné une part de mon âme d’enfant. Un antidote sympa et intelligent contre la lassitude et la déprime, qui me refait penser à un monsieur assez exceptionnel que j’ai rencontré il y a quelques mois et qui prescrit des ordonnances de livres aux personnes en fonction de leurs problématiques (voir la page facebook d’improbables librairies, improbables bibliothèques pour une consultation). Et dans ce livre, il était question de matérialisme spirituel. Un terme qui m’a intriguée et dont j’ai voulu partager mon interprétation avec vous. Bonne lecture mes petits yoguis !

Qu’est-ce que le matérialisme spirituel ?

Les techniques spirituelles ne sont pas toujours utilisées à bon escient : certains les considèrent comme des moyens d’atteindre un état (la libération, moksha, l’état de samadhi…) et c’est de cette manière qu’elles sont le plus utiles. D’autres les considèrent comme des fins en soi, mais utilisées de cette manière elles n’ont d’autre utilité que… le renforcement de l’égo. Ce qui va précisément à l’encontre du but que poursuivent les adeptes de toutes les traditions spirituelles authentiques. Pour autant, un autre piège serait la volonté de détruire l’égo car en raisonnant ainsi nous ne faisons que le renforcer en nous enfermant dans une dualité bon / mauvais.

La tentation de l’exotisme

On se découvre parfois une passion immodérée pour le yoga, la méditation, le bouddhisme tibétain ou le zen. Si ce sont des traditions qui nous parlent, tant mieux mais chez de nombreux adeptes, c’est plus ce dépaysement, les rituels autour des cérémonies et l’ambiance exotique qui motivent leur présence aux pratiques. Les média ont aussi un rôle à jouer, on nous serine en ce moment « le yoga, c’est bien » dans tous les magazines féminins où les gros titres nous promettent un été mince et zen. On se lance donc dans une voie qui permet d’atteindre des états très particuliers, d’approcher la libération… Et on utilise ces mêmes techniques pour maigrir ou combler son ennui en s’inscrivant à une activité à la mode. Voici un bel exemple de matérialisme spirituel. Je ne veux pas dire que ces personnes n’ont pas le droit de chercher le bien être, mais elles doivent savoir que le yoga, c’est beaucoup plus que ça (du moins le yoga traditionnel, pour ceux qui s’impliquent réellement dans cette voie).

Besoin d’instantanéité et matérialisme spirituel

On veut tout tout de suite, et on voit cette tendance qu’ont les personnes en recherche de papillonner d’une voie à l’autre : ce sont les mêmes que l’on retrouve au nouveau cours de yoga branché qui vient de s’ouvrir, aux consultations ayurvédiques du weekend, aux réunions spirites, aux séances de chamanismes, etc. Cette surconsommation effrénée de spiritualité ne mènera nulle part ! En sautant d’un nénuphar à l’autre au hasard on ne peut espérer aller nulle part !

Jacques Vigne a évoqué lors de sa dernière conférence à Lyon une image parlante (je ne sais pas qui a trouvé cette comparaison fort bien imagée) : si l’on veut creuser un puits, il est plus intelligent de creuser toujours au même endroit que de faire des dizaines de trous au hasard. Creuser un seul trou, c’est trouver une voie et la suivre tout au long de sa vie (oui, ça fait long !). Dans cette recherche d’instantanéité, on voit de plus en plus de « stages d’éveil » et autres promesses farfelues qui nous garantissent d’atteindre sans plus attendre les sommets de l’extase !

L’ennui et autres difficultés rencontrées au cours du voyage

Pourquoi a-t-on autant de difficultés à rester sur une même voie ? Parce que l’ennui guette. Allant de pair avec cette habitude de tout avoir tout de suite, l’ennui nous sussurre à l’oreille qu’il serait bien plus amusant d’aller voir ailleurs au lieu de persévérer et de changer de discipline si celle que nous avons choisie ne porte pas ses fruits assez vite. Le discernement est un précieux allié : à chacun de juger s’il est allé au bout du chemin ou s’il ne s’agit que d’un passage à vide

De mon côté, je pense que la pratique doit toujours rester agréable, je n’encourage donc pas à pratiquer sous la contrainte. Si l’on s’engage sur la voie du yoga, il existe tellement de choses à travailler et de techniques différentes que l’on en trouve toujours une qui nous parle à un moment donné. Peut-être est-il nécessaire de rappeler également que la poursuite d’une quête spirituelle demande un niveau d’engagement supérieur à celui de l’atelier broderie qu’on suit une fois par semaine à la maison de quartier ?  Derrière cette phrase volontairement provocatrice, je me permet simplement de signaler que cette recherche est celle de chaque instant et qu’une discipline qui ne peut pas être appliquée à la vie a peu de chances d’apporter des changements profonds et durables, à moins de devenir un ascète.

Ce qui est gratuit n’a pas de valeur

Un dernier point sur l’expansion du matérialisme spirituel : ce qui est gratuit étant souvent considéré comme ayant peu de valeur (même si c’est un bien fort précieux), l’afflux d’information gratuite à laquelle nous avons accès à notre époque ne fait que noyer ce qui est utile dans la masse. De plus, il est (vous l’aurez remarqué) beaucoup plus aisé de lire que de faire. On lit donc des tas de choses sur les voies ou les techniques et nous passons de l’une à autre sans les avoir expérimentées. Peut-être serait-il plus profitable d’en pratiquer réellement une que d’en lire 100…

Faut-il condamner le matérialisme spirituel ?

Assurément non, car ce serait retomber dans le dualisme que nous tentons de dissoudre (et non pas de combattre !). Cette vulgarisation des techniques utilisées par les grandes voies spirituelles et cette diffusion souvent mal dosée des connaissances a une chose de positive, c’est qu’elle permet d’ouvrir les esprits et de sensibiliser les personnes en quête de sens aux différentes voies qu’elles peuvent emprunter. Les grands sages de demain sont certainement ceux qui sont en recherche aujourd’hui, et qui sait de quelle manière se fera leur premier pas sur le chemin de l’éveil !

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