Yoga et réseaux sociaux font-ils bon ménage ?
J’ai à un moment choisi de quitter les réseaux sociaux, puis j’ai fait marche arrière.
Je vous explique donc pourquoi, quel est mon parcours personnel concernant le yoga sur les réseaux sociaux et comment mon idée a pu évoluer sur ce sujet.
Ensuite, je partagerai avec vous le fruit de mes échanges avec des personnes venant des deux côtés de la barrière : des producteurs de contenu et des utilisateurs afin de voir quels sont les avantages et inconvénients de la présence du yoga sur les réseaux sociaux.
Ma (brève)
histoire avec les réseaux sociaux
J’ai toujours détesté tous les réseaux sociaux. Que ce soit au niveau personnel ou professionnel, ce sont pour moi des outils anxiogènes mais qui sont peut-être nécessaires.
Inutilité des réseaux sociaux pour l'activité de yoga
Après avoir eu durant plusieurs années un compte Facebook que je n’alimentais pas et que je ne consultais jamais, j’ai essayé au moment où je suis devenue enseignante de yoga d’utiliser les réseaux sociaux pour développer mon activité. Hé oui, des amis et professionnels plus à la page que moi m’avaient alors convaincue de la nécessité d’être présente sur au moins Facebook et Instagram (c’était en 2014 donc il y avait moins de choix qu’aujourd’hui!).
J’ai donc publié sans grand entrain. J’avais l’impression d’être une poule qui pond un œuf : une fois qu'elle a pondu, elle alerte tout le quartier en hurlant pendant quelques minutes.
Moi c’était pareil : on m’avait dit que le minimum vital c’était de faire un « post » à chaque fois que je proposais un nouveau contenu (nouveau cours, nouveau stage, dès que j’écrivais un article, etc.). Il fallait le crier sur tous les réseaux sociaux.
Franchement, ça ne m’amusait pas, et j’ai fini par les délaisser complètement avant de les supprimer. Et vous savez quoi ? Ça n’a rien changé du tout concernant le développement de mes cours de yoga ou au niveau de la fréquentation de mon site !
J’étais super contente, j’avais l’impression de m’être totalement affranchie de ces outils que je détestais et aussi d’avoir prouvé leur inutilité.
Réseaux sociaux et vie professionnelle
Les choses ont changé en 2022 lorsque j’ai suivi une formation en ligne qui proposait l’accès à un groupe privé Facebook.
Au départ, comme je n’avais plus aucun réseau social, je me suis dit que j’allais profiter du contenu de la formation, et tant pis pour le groupe. Le problème, c’est que je me suis rapidement rendu compte que l’immense plus-value de cette formation, c’était justement cette interaction avec les autres étudiants, les liens, le partage, l’interaction. Bref, tous les trucs pour lesquels je suis nulle et pour lesquels je n’ai aucune appétence.
J’ai donc recréé un compte, et là, quelques personnes plus dégourdies que moi m’ont expliqué que si jusqu’ici les réseaux sociaux n’avaient jamais apporté de trafic sur mon site ou d’inscriptions à mes cours, c’était tout simplement parce que je ne savais pas les utiliser. Donc voilà, c’est pour cette raison que je me suis retrouvée à utiliser un compte Facebook et Instagram.
Comment j’utilise les réseaux sociaux pour mon activité de yoga ?
Aujourd’hui, je trouve toujours que les réseaux sociaux sont une immense perte de temps et j’ai assez peu d’intérêt pour cela. Au moins, je ne risque pas d’être accro !
Pour moi, les consulter génère de l’anxiété, j’ai beaucoup de mal avec les communications qui ne se font pas en réel parce qu’il me manque toujours une information dans l’interaction (l’image, la tonalité de la voix, la gestuelle…). Bref, je ne suis pas à l’aise. Donc franchement si vous voulez communiquer avec moi et passer un moment sympa, allons boire un café ☕, c’est beaucoup plus cool que de chater sur Insta même si je ne nie pas que pour un premier contact ça puisse être pratique.
Réseaux sociaux et yoga : quelques avantages tout de même...
Ceci étant dit, je vois comment ils pourraient fonctionner pour développer une activité de yoga. Je comprends les mécanismes qui permettent d’avoir davantage de visibilité, je comprends la nécessité de créer davantage de liens par ce biais et très franchement ça m’a permis de faire des rencontres déterminantes pour créer ce qui me tient à cœur.
Très concrètement, j’ai pu grâce aux réseaux sociaux découvrir de nouveaux auteurs à qui j’ai eu envie de proposer d’écrire des articles pour la revue Infos Yoga, j’ai découvert des partenaires commerciaux, j’ai étudié les stratégies utilisées par les enseignants de yoga qui ont acquis une belle visibilité et développé leur activité… Et j’ai aussi compris que ce qui fonctionne demande pour moi beaucoup trop d’énergie.
C’est donc utile pour faire des rencontres professionnelles, beaucoup moins pour développer un réseau de pratiquants. D’ailleurs, est-ce vraiment nécessaire ? Les quelques groupes existants sont souvent le pré carré d’une personne. Comme vous le savez, je déplore un travers très présent dans le monde du yoga : l’enflure égotique. C’est curieux comme chez ces personnes qui s’appliquent à « tuer l’ego » celui-ci se rebelle et est bien présent, bien visible ! Ce n’est donc pas, du moins pour moi, un outil très intéressant pour échanger sur le yoga, son histoire, ses pratiques…
Pourquoi je n’arriverai jamais à développer le yoga sur les réseaux sociaux
Je n’ai pas envie de publier des stories tous les jours, ni d’apprendre à faire des reels.
Je n’ai pas envie de faire ce qui fonctionne.
Je n’ai pas envie de me connecter chaque jour ni de suivre les tendances.
Je n’ai pas envie de me forcer à publier du contenu quand je ne suis pas inspirée ni de publier « ce qui fonctionne » si ça ne résonne pas en moi.
Je ne suis pas passionnée par la création de contenus pour plaire aux algorithmes : j'aime partager des idées sans me préoccuper de ce qui sera bien référencé / visible.
Je n’ai pas la motivation pour mettre en place une stratégie marketing efficace.
J'ai l'impression de perdre ma vie derrière un écran.
J’ai tout de même conservé les réseaux sociaux pour plusieurs raisons...
Réseaux sociaux, yoga et éthique
Lorsque j’analyse pourquoi j’ai longtemps rejeté les réseaux sociaux, je note que la principale raison est parce que cela ne me semblait pas éthique.
J’avais cette illusion que le yoga était quelque chose de pur, qui ne devait pas être exposé ni diffusé. En fait, j’ai toujours cette vision, vous noterez que je ne partage pas de pratiques de yoga sur les réseaux sociaux (sauf durant la période du confinement où j’ai donné quelques techniques de base qui étaient principalement destinées à mes élèves).
Quel contenu partager et consommer sur les réseaux sociaux ?
C’est lié à une génération je crois, les gens qui approchent la quarantaine … Pour moi les réseaux sociaux sont assimilés à du divertissement, voire à de l’abrutissement. Mais en réalité aujourd’hui c’est beaucoup plus nuancé. Il y a énormément de créateurs de contenu, dans le domaine du yoga mais aussi dans d’autres secteurs qui proposent un contenu qualitatif.
Quand on se penche sur la manière dont fonctionnent les réseaux, on comprend que le contenu mis en avant est celui qui est le plus attrayant, pas forcément le plus instructif.
Si je n’aime pas trop partager du contenu lié au yoga sur les réseaux sociaux, c’est aussi parce que je suis une mauvaise perdante ! Je sais que je suis nulle pour proposer un truc esthétique, percutant, accessible à tous…
Moi mon truc c’est d’être exhaustive, de préparer du contenu pour des formations, j’ai du mal avec ces formats.
Une nouvelle forme d’enseignement du yoga
J’ai conscience que les réseaux sociaux peuvent participer à la diffusion du yoga, et c’est pour cela que j’ai accepté de les réinstaller, et même de les utiliser.
On se rend compte de nos travers : nous sommes tous attirés vers ce qui est divertissant, facile, vers la gratification immédiate. Donc en tant qu’utilisateur, on peut avoir cette prise de conscience du temps perdu sur les réseaux, qui nous amène à les accuser de tous les maux. En tant que créateur de contenu, c’est frustrant de ne pas savoir utiliser ces codes, de ne pas être en mesure de tirer parti de l’algorithme.
J’ai conscience qu’aujourd’hui, on ne peut plus faire sans. Mais j’ai aussi compris qu’il n’était pas nécessaire d’être présent partout.
Pour ma part, j’aime beaucoup les formats audio et vidéo, donc je prends plaisir à tourner une vidéo YouTube ou à enregistrer un podcast, ce sont des espaces de libertés que je ne peux pas toujours avoir lors des cours de yoga, ce sont des moments pour exprimer les réflexions autour du yoga. J’aime les débats que cela peut entraîner avec certains abonnés, et ça c’est vraiment la partie sympa.
Ensuite, je comprends qu’il faut s’approprier ces nouvelles plateformes, et c’est là où le bât blesse. Je ne suis pas encore apte à jouer avec ces codes, ni à trouver ça agréable. Mais je suis en train d’apprendre… Il faut un temps d’adaptation pour savoir comment s’approprier un réseau social. Déjà trouver lequel nous correspond le mieux parce qu’on ne peut pas être partout. Et ensuite il faut trouver la bonne recette entre ce qui « fonctionne » en fonction de ses objectifs et ce qui nous plaît.
La transmission du yoga peut-elle se faire via les réseaux sociaux ?
Tout dépend de ce que l’on appelle par transmission.
Si l’on parle d’un enseignement complet tel que celui qui est dispensé dans des formations longues entre 3 et 5 ans, en théorie , techniquement, ce serait possible, mais personne ne se risquerait à faire cela.
On pourrait tout à fait imaginer un genre de communauté où une partie de l’enseignement est dispensé chaque jour et où un espace "commentaires" joue le rôle de rencontres entre enseignant et élève.
Bien sûr, il manque de contact direct, le ressenti que l’on peut avoir de l’autre et qui ne peut se faire que lors d’un échange personnel, même s’il est à distance. Mais je crois que pour des « techniques » basiques ce serait possible.
Avec le contenu actuel, on peut découvrir une discipline, yoga ou autre. On peut s'essayer à quelques exercices, découvrir la philosophie... La plupart des contenus sont destinés aux débutants. Pour aller plus loin et apprendre réellement ce qu'est le yoga, les techniques, l'enseignement, etc, un enseignement plus structuré que des vidéos ou articles pris au hasard sans ordre précis est nécessaire.
En tout cas avec le contenu disponible gratuitement actuellement sur les réseaux sociaux, ce n’est pas possible. Alors que peut-on attendre lorsque l’on consomme ces écrits, vidéos, podcasts… Sur le yoga ?
Rester motivé en consommant du contenu lié au yoga
On peut trouver ce qui fait défaut à beaucoup de pratiquants de yoga et je pense que c’est la principale raison, consciente ou non, qui pousse à consommer les contenus en lien avec le yoga sur les réseaux sociaux : cela permet d’entretenir la motivation.
Il y a quelque chose d’attrayant à voir ou entendre une personne parler de yoga ou même à suivre un cours sur un réseau social. Ça amène de la nouveauté (et c’est là le danger : se disperser) et on se sent moins seul face aux difficultés de la pratique. Lorsqu’il y a une perte de sens ou de « foi » on se retrouve galvanisé par des personnes qui semblent plus sûres d’elles.
L’identification : pour le meilleur et pour le pire
On prend comme mentor une personne qui semble plus avancée pour le chemin et le fait de s’identifier à ce modèle permet de vaincre certains de nos doutes. En ce sens, c’est donc assez positif.
L’écueil à ce niveau-là serait de pratiquer le yoga pour de « mauvaises » raisons, par exemple si l’identification (qui est quand même l’un des problèmes principaux des réseaux sociaux) devient la motivation principale. En clair, on se retrouve à pratiquer le yoga parce que *mettre ici le nom de n’importe quelle influenceuse canon* semble avoir une vie de rêve et que l’on attribue cette réussite au yoga. Dans notre cerveau, le raccourci j’admire Machine et j’envie sa vie > elle fait du yoga > si je fais du yoga j’aurai sa vie s’enclenche.
Trop d’informations non structurées
L’autre limite que je vois, c’est l’illusion d’avancer. On peut trouver plein de contenu gratuit, mais la plus-value d’un enseignement, c’est la structure. Dans quel ordre faire les choses, c’est cela qui permet d’avancer. On peut voir beaucoup de techniques ou beaucoup de théorie liées au yoga sur les réseaux sociaux mais pour avoir une véritable connaissance de cette discipline, je ne pense pas que l’on puisse faire l’économie d’un enseignement structuré.
On peut donc « perdre » beaucoup de temps à se donner l’illusion d’apprendre des choses et d’avancer alors qu’on ne fait que voir du contenu disons de niveau 0,5 sur 5 au lieu de progresser sur une échelle de 0 à 5 (où à 5 on est grand gourou).
Vis ma vie de yogini… De rêve
Dernière chose, les réseaux sociaux vont de pair avec une mise en scène très sexy de nos vies, et les grands méchants algorithmes mettent en avant non pas ce qui serait utile aux utilisateurs, mais ce qui leur plaît.
La nature humaine est ainsi faite que nous avons une attraction pour le sensationnel (et c’est comme ça qu’on se retrouve à regarder des vidéos sur les pouvoirs magiques des yogis), les personnes pouvant de vanter de grandes réussites auxquelles on s’identifie (Machin a atteint l’éveil grâce au yoga et explique à quel point il est à présent meilleur que nous) ou beaucoup plus basique un instinct de voyeur qui nous rend curieux de la vie des autres (vis ma vie de yogini pendant 72 heures).
Tout cela est très divertissant.
Mais pendant que l’on se divertit, on n’avance pas vraiment dans sa compréhension profonde de ce qu’est le yoga. Je ne dis pas que c’est mal, le danger est de se leurrer soi-même en assimilant « consommer du contenu sur le yoga » et « développer sa compréhension et sa pratique du yoga ».
Le réseau social le plus « yogi » !
Je dis ça en plaisantant à moitié : s’il y avait un réseau social « yogi », ce serait Snapchat. Voici pourquoi :
- L’enseignement du yoga, traditionnellement, est principalement oral, donc là on a le son et l’image. Il est diffusé à des personnes choisies, là encore ça fonctionne, on n’expose pas une pratique au monde entier.
- Et cerise sur le gâteau, et c’est là toute la particularité de Snapchat par rapport aux autres réseaux sociaux, le message s’autodétruit lorsqu’il a été consulté.
- Il ne peut donc pas tomber entre de mauvaises mains, et la personne qui reçoit l’enseignement ne peut donc pas s’appuyer indéfiniment sur un contenu enregistré : elle est incitée à se souvent et à assimiler. Hé oui, vous l’avez sûrement déjà noté, quand une chose est toujours accessible elle semble avoir moins de valeur que lorsqu’elle est à durée limitée.
Les tribus de yogis
J’avais un petit jeu avec un ami : voir la vie en mode Game of Thrones, je vous explique.
Le monde du yoga est loin d’être un monde de Bisounours comme je l’ai déjà développé dans cet article. On parlait donc de « Game of Yogi Masters », un univers parallèle dans lequel les écoles de yoga sont un peu l’équivalent des maisons de Game of Thrones. Dans cet écosystème, on a des clans. Sur les réseaux sociaux, c’est la même chose, mais cette tendance naturelle à rejoindre ceux qui nous ressemblent est accentuée par l’algorithme
Dans la thématique du yoga, disons qu’il y a de grands « groupes ». Je vous dresse une esquisse très grossière ponctuée de mes petits commentaires de langue de vipère parce que je ne peux pas m’en empêcher, s’il vous plaît ne vous sentez pas trop visés, c’est (un peu) pour rire et grossir le trait. Et je sais que moi aussi je suis dans l'une de ces caricatures (vous devinez ?)
La guerre des clans
Le clan "yoga et politique" (à gauche, bien sûr ! On y prône la tolérance tout en étant assez peu tolérant.e.s envers toustes celleux qui pensent différemment). En vrai, je n’utilise pas l’écriture inclusive hein, mais ça fait partie du délire. Pour y entrer mieux vaut avoir fait Science po, en tout cas un bac+5 minimum est requis.
Tout proche, yoga et féminisme. Là encore le yoga est vu comme un espace qui ne peut pas être neutre et dans lequel on se positionne obligatoirement sur certaines valeurs. C’est certainement vrai pour les cours collectifs.
Les yogis « traditionnels » : un peu plus intellos, ils ont lu tous les textes traditionnels, vénèrent René Guenon, Michel Angot et Tara Michaël. Ils sont impitoyables envers ceux qui n’ont pas leur niveau de compréhension ni le même niveau de pureté ou d’engagement. C’est là où l’on comprend que certaines choses peuvent se faire avec la tête, mais que d’autres doivent être faites avec le cœur et que l’intelligence et l’érudition sont parfois des écueils à une compréhension profonde de ce qu’est le yoga.
Les grands sages (qui ne veulent pas se mouiller). Inspirés par les entretiens d’Eric Baret, ils cultivent l’art de la non réponse et soutiennent que toutes choses sont égales. Si vous dites blanc, ils disent que c’est peut-être noir, juste par principe, ou ils peuvent aussi vous demander "qui perçoit la couleur ?" s'ils ont lu Ramana Maharshi et Nisargadatta Maharaj. Je ne sais pas si dans la vie quotidienne ces personnes ont les nerfs assez bien accrochés pour mettre leur philosophie en pratique.
Les yogis fitness qui ont certes une pratique limitée qu’on pourrait refuser d’appeler yoga car elle ne se centre que sur le corps, mais qui ont souvent une grande transparence et une bonne conscience de cette limite. On entre dans un « yoga bien-être », le cœur de l’industrie actuelle.
Les mystiques, qui racontent en boucle leurs expériences spirituelles et qui crient à qui veut l’entendre que leur compréhension du yoga est innée. C’est super pratique parce qu’on ne peut pas réfuter un ressenti, et ça donne une sacrée légitimité, même pas besoin de se taper 20 ans de formation, d’apprendre le sanskrit et la lévitation !
Je ne continue pas hein, vous aurez compris l’idée. Je n'ai pas énuméré cette liste par pure méchanceté, même si ça m'a fait très plaisir, mais pour vous faire prendre conscience d'une chose : sur les réseaux sociaux, rien n'incite ces groupes à se rencontrer. La conséquence négative de cette non-rencontre, c'est que tout le monde "baigne dans son jus", tout le monde ressasse sans cesse les mêmes idées (celles qui sont approuvées par le groupe) et chaque membre d'un groupe ne cesse d'être conforté dans ce qu'il dit car les algorithmes des réseaux ne lui proposent que du contenu avec lequel il est déjà en phase.
Des groupes de yogis bien hermétiques
Les acteurs de ces différents groupes ne se rencontrent pas sur les réseaux sociaux parce que les algorithmes ne les y poussent pas.
Le contenu qui est proposé aux personnes d’un groupe est en accord avec son mode de pensée, ou du moins avec ce que l’algo a cru en comprendre.
Il y a des ratés, je suis parfois exposée à des publicités affligeantes très mal ciblées. Mais globalement ce système favorise énormément l’entre soi : tout nous incite à rester dans son petit groupe avec des personnes qui pensent bien comme nous.
On se conforte donc dans nos certitudes car nous sommes nombreux dans cet écosystème à partager la même vision du yoga, elle finit donc par devenir une vérité absolue car tous les contenus que nous consommons sont raccord avec cette vision.
Ensuite, on noue des liens avec ceux qui pensent comme nous et les autres sont invisibilisés.
Bref, voilà pour moi le principal danger des réseaux sociaux dans le monde du yoga : cela ne favorise pas vraiment l’intelligence et l’ouverture d’esprit.
Quelles solutions pour réconcilier yoga et réseaux sociaux ?
Déjà, prendre conscience de ces limites, donc pour moi les trois principales sont la fermeture d’esprit, le piège de la vie idéalisée et donc de la dévalorisation et ensuite la dispersion liée à l’abondance de contenu qui n’est pas nécessairement fait pour nous aider mais pour nous divertir.
Ensuite, clarifier ce que l’on recherche lorsque l’on consulte des contenus relatifs au yoga sur les réseaux sociaux. Si l’on est au clair avec ce que l’on va y chercher, tout va bien.
Si j’ai une fringale de contenu abrutissant comme on peut avoir une compulsion alimentaire, peut-être qu’il vaut mieux y céder en fixant une durée limitée et en ayant conscience de ce besoin que l’on est en train d’assouvir au lieu de le réfréner. Disons que c’est une première étape. Donc on va regarder le contenu parce qu’il est esthétique, divertissant ou motivant en sachant ce qu’on vient y chercher. Ça peut être une stratégie pour se rassurer après une dure journée, avant une épreuve anxiogène, en cas de stress, etc.
Je crois qu’il est aussi important de rester lucide : le yoga est systématiquement mis en scène sur les réseaux sociaux. Les contenus mis en avant présentent des personnes qui semblent parfaites sous tous rapports.
Les mecs sont musclés, ont l’air calmes, posés, sûr d’eux, ils se filment toujours dans des environnements incroyablement beaux qui laissent entendre qu’ils ont des situations financières plus que confortables (une fois à Bali, puis en Thaïlande, puis au Costa Rica, etc.).
Les « pratiquantes de yoga » sont les nouvelles top modèles, non seulement des canons de beauté mais aussi des modèles de zénitude. Elles mènent une vie calme et idyllique, semblent disposer de toute leur journée pour se préparer des repas idéaux, pratiquer le yoga, partager des contenus inspirants…
Tout ce beau monde semble avoir une vie de rêve, mais on oublie parfois que tout est mis en scène. Tout cela a plus à voir avec un jeu sur nos fantasmes, nos aspirations à une vie idéale, qu’avec ce qu’est le yoga.
Enfin, sachez que si vous êtes habitué à consommer ce contenu, arrêter du jour au lendemain peut être difficile. Vous êtes drogué à ce contenu, mais vous pouvez trouver un substitut !
Vous pouvez continuer à consommer du contenu lié au yoga, mais essayez de faire plus qualitatif. Essayez de lire / écouter / regarder des choses qui sortent de ce que l’algorithme vous propose et qui vous montrent de nouveaux modes de pensée. Suivez une formation sur un sujet qui vous intéresse ou lisez un bouquin pour avoir la satisfaction d’avancer sur ce qui vous passionne.
Si vous avez des idées pour avoir une utilisation intelligente des réseaux sociaux en lien avec le yoga, partagez-les en commentaire, ça peut vraiment être utile à beaucoup de monde !
Cet article n’est le reflet que de mon point de vue, qui est forcément limité. Le but du partage sur les réseaux sociaux, c’est justement principalement cela : faire évoluer ses idées, trouver de nouvelles solutions grâce à des personnes qui pensent différemment et faire avancer sa réflexion.











J’avoue en lisant le titre, je n’ai pas bien ainsi l’intérêt… mais en lisant l’article, j’ai reçu de nombreuses pépites ! Merci de ces conseils !
Merci pour ton article qui, bien qu’il adresse le monde moderne du Yoga et ses « travers », est également un reflet de ce qui se passe dans le monde. Accepter que la vie ne soit pas faite que de jours de beau temps et que différentes opinions puissent coexister et se respecter, sont, je crois, deux préceptes que le yoga nous enseigne. Ces préceptes peuvent améliorer notre relation avec nous-mêmes et avec le monde extérieur.
Les réseaux sociaux, c’est pour moi aussi, une histoire de « je t’aime, moi non plus ». Merci pour le partage de tes solutions pour se réconcilier avec les réseaux sociaux, je vais commencer par la prise de conscience des 3 limites principales : fermeture d’esprit, vie idéalisée et dispersion.
Toujours un plaisir de te lire ! Je comprends tout à fait ton point de vue, et je suis d’accord pour la critique. À la différence du fait que les réseaux sociaux m’amusent. J’adore suivre les cours de yoga sur Youtube de mon premier formateur. Et cela me permet une continuité de pratique. Aussi, j’essaye d’utiliser les réseaux pour montrer diverses représentations corporelles dans le yoga, pour aller contre l’image yoga fitness qui prédomine. C’est très vrai ce que tu décris sur les clans, et les algorithmes qui incitent à rester « entre soi » ! Après, il faut prendre les réseaux pour ce qu’ils sont : un divertissement, à consommer avec modération pour préserver sa santé mentale. Mettre par exemple des limites de temps, et réserver du temps hors écran, comme par exemple pour méditer (merci à ta formation pour cela ;)).
Alors là, tu résumes tout en une phrase : si pour toi le temps sur les réseaux est du temps sympa, c’est bien différent ! Et heureusement que des personnes comme toi partagent du contenu intelligent, pas uniquement divertissant. C’est la découverte de comptes axés sur le partage et la connaissance qui me font moins détester les réseaux, alors heureusement que ça existe, le tout est de les trouver dans la masse ! C’est un peu ça qui me désole : il y a des milliers de supers vidéos / podcasts / articles et ça donne le tournis.