Suite à mon dernier article sur l’enseignement du yoga, j’ai reçu des tonnes de questions sur « comment devenir prof de yoga ». C’est vrai que je n’ai jamais donné mon avis ni mon retour d’expérience sur l’aspect « business » lié au yoga. C'est maintenant chose faite, et dans un prochain article, je vous proposerai, en complément de ces quelques réflexions, un guide pratique pour vous aider à vous lancer si vous souhaitez enseigner le yoga.
Ce que nous allons voir dans cet article
Suis-je compétente pour vous expliquer comment devenir prof de yoga ?
Oui et non, je m’explique…
Je ne suis pas une business woman de folie. Je ne gagne pas des sommes qui font rêver, je n’ai pas créé un empire, j’ai fait des choix qui n’ont jamais été motivés par la rentabilité, ce qui me motive profondément dans mon travail, c’est de rester dans une zone de confort qui laisse tout de même ma créativité s’exprimer.
Je suis nulle en vente et je n’ai aucune appétence pour ça, c’est important de le préciser, car certains d’entre vous seront beaucoup plus à l’aise avec l’aspect marketing.
Je ne suis pas perfectionniste du tout : ce qui me plaît c’est de créer, lancer, amorcer des projets, construire les fondations et les murs, mais tout ce qui est décoration ou fignolage ça ne m’intéresse pas.
C’est pour ça que mon site est globalement moche, que mes podcasts et vidéos ne sont pas peaufinés (disons que je me passe de montage dès que je le peux), que je ne participe pas aux rencontres mondaines du monde du yoga (mais ça, c'est quelque chose que je vais essayer de changer, histoire de ne pas finir vieille et seule au fond de ma grotte).
J’ai donné des cours de yoga chaque semaine pendant 8 ans et de façon plus ponctuelle avant cela, et maintenant j’ai décidé d’arrêter d’enseigner de cette manière. Je vous expliquerai pourquoi à la fin de cet article, au cours duquel je vais m’efforcer de vous donner mon cheminement de pensée au sujet de l’enseignement du yoga tel qu’il est dispensé actuellement.
Rapidement, mon parcours est le suivant : j’ai travaillé dans le domaine de la banque, puis de la traduction (domaine bancaire) et comme tout cela était très anxiogène et peu palpitant j’ai commencé à suivre une formation approfondie de yoga, non pas pour enseigner, mais pour comprendre cette discipline que je pratiquais en suivant des cours et lors de stages. Et comme mes horaires étaient flexibles, j’étais disponible pour faire quelques remplacements. Et quand une école de yoga a cherché une enseignante pour 5 cours par semaine, j’ai été contente de proposer ces cours. L’enseignement du yoga a pris de plus en plus de place et j’ai eu ma salle de yoga à Lyon pendant 5 ans. Je l’ai encore, mais je n’y donne que des stages, les cours hebdomadaires sont assurés par d’autres enseignantes.
Quelles motivations pour enseigner le yoga ?
C’est vraiment le mode de vie qui semble attractif. Évidemment, c’est souvent idéalisé, même si j’avoue que je trouve le quotidien beaucoup plus intéressant et beaucoup plus doux aussi depuis que je donne des cours de yoga.
Les différents points qui font rêver, les voici :
Du temps pour pratiquer, et enseigner sa passion
Je connais beaucoup de profs de yoga qui me disent qu’ils ne pratiquent plus depuis qu’ils enseignent. Ça me paraissait fou, et puis une amie qui assurait une vingtaine de cours par semaine m’a passé en revue son emploi du temps, cours et trajets. Effectivement, il ne restait que peu de temps disponible et surtout plus beaucoup d’envie le soir pour dérouler son tapis après des journées aussi denses. Le piège des cours trop peu rémunérés ou trop éloignés de chez soi, c’est d’avoir un épuisement réel tant physique que mental.
La possibilité de développer ses connaissances au travail
Si on se débrouille bien, c’est effectivement un métier où l’on a du temps pour pratiquer, pour apprendre, et pour explorer. Le seul petit piège contre lequel je mets souvent en garde, c’est de ne pas enseigner ce que l’on ne maîtrise pas complètement, ce que l’on n’a pas vraiment expérimenté. Donc apprendre, oui c’est super, mais sans forcément vouloir transmettre une connaissance qui n’est qu’intellectuelle, attendre qu’elle soit intégrée pour être en mesure de la dispenser.
Un métier sans aucun stress
Je suis complètement d’accord avec ça, le stress est moins intense que dans beaucoup de métiers, mais on ne peut pas dire qu’il n’y en a aucun, surtout lorsque l’on débute. Il y a la pression du nouvel élève qui nous regarde en coin en faisant la moue pendant toute la séance, le prof de yoga qui se fait passer pour un élève, mais qui vient jauger la "concurrence", la femme enceinte qui ne nous le dit qu’à la fin du cours ou celle qui est enceinte de huit mois et demi et qui vient quand même, la peur de faire mal, la peur d’ennuyer, la peur de ne pas finir le mois parce qu’on a préféré enseigner dans la super salle où on nous paie 15€ de l’heure plutôt qu’à l’usine du yoga où on a 60€ par cours…
Un milieu très accueillant
On voit souvent le monde du yoga comme un milieu de bisounours. Je ne vais pas vous en parler pendant 10 ans, j’avais déjà fait un article là-dessus, mais bon, le milieu du yoga reste assez idéalisé, je trouve. Il y a comme partout des batailles d’ego, d’influence, des guéguerres économiques, des mesquineries et des inimitiés. Alors ce n’est pas que ça bien sûr, mais ne croyez pas que c’est un monde magique peuplé d’être éveillés et compatissants, le yoga peut aider à développer de la compassion, il peut renforcer l’ego aussi si l’on pratique n’importe comment. Et puis les yogis ne sont pas parfaits, et le yoga ne fait pas disparaître tous les problèmes.
Le retour à un mode de vie plus simple et plus sain
S’il y a un point sur lequel je suis vraiment d’accord, c’est celui-là. Pour ma part l’enseignement du yoga est allé de pair avec une remise en question de l’hygiène de vie, pas question d’arriver fatiguée à un cours, pas question de se sentir anxieuse ou raplapla, donc au départ ça mettait une petite pression, et puis au fil du temps ça m’a naturellement poussée à me poser les bonnes questions pour prendre soin de moi. Ironiquement, je n’aurais jamais eu ce soin pour moi-même s’il n’y avait pas eu la motivation d’enseigner, et d’être dans les meilleures dispositions possibles pour cela.
Ensuite il y a le fait d’être fauchée qui m’a quand même bien aidée. Bon je plaisante, mais avant j’étais dans des secteurs où je gagnais beaucoup mieux ma vie, mais en contrepartie j’avais moins de temps. En commençant à donner des cours, j’ai pu prendre le temps d’aller au marché, cuisiner, je sortais beaucoup moins manger dehors, j’avais le temps de dormir (c’est bête, on oublie parfois !) et de penser, tout simplement. Et moins d’argent pour remplir d’activité la moindre parcelle de vide, et vraiment ça a été une excellente chose. J’ai découvert un monde plus humain, où l’on échange, on fait du troc, on trouve des biens d’occasion, on s’échange des services… Moi qui étais un peu déconnectée des gens, ça a remis du lien.
Enseignement du yoga : ce qui a changé en 10 ans
Si vous me suivez, vous savez : je suis dans le camp des vieilles réac’ qui, assises sur un banc dans un parc, regardent les gamins en se lamentant « Tsssss de mon temps, on n’avait pas tous ces écrans ». « Tout se perd ma bonne dame, ya plus aucun respect ». « Ah, c’était mieux avant ! ».
Trouver un groupe qui nous ressemble et avec qui avancer
À mes débuts, donc j’étais jeune et naïve et je n’avais aucune idée des embûches que j’allais rencontrer dans le monde du yoga, j’ai trouvé que cette pratique structurait beaucoup ma vie et donnait un sens, une profondeur. Mais au-delà de ça, j’étais heureuse de côtoyer des personnes qui avaient le même centre d’intérêt et qui partageaient des valeurs communes. Pour faire court, des personnes plus intéressées par des soirées philosophie ou discussion autour du yoga que boire des pintes au bar d’à côté (on peut faire les deux aussi, mais c'est encore un autre type d'ambiance).
Comprendre le yoga ou résoudre ses problèmes ?
J’étais heureuse de trouver un lieu (école de yoga) dans lequel je pouvais aller, pratiquer, lire, échanger sur le yoga. Et nous étions nombreux à avoir ce niveau d’engagement assez important dans le développement de la connaissance et dans la pratique. Au fil des années, j’ai senti cette exigence s’adoucir et j’ai vu de plus en plus de personnes se mettre au yoga pour réduire le stress, atténuer le mal de dos ou parce que c’était à la mode. J’ai vu de plus en plus de jeunes profs suivre cette formation avec l’objectif d’enseigner le plus vite possible, de se reconvertir.
De plus en plus, les yogis et yoginis envisageaient le yoga comme un métier et non plus seulement comme une discipline de vie. Et les élèves venaient de plus en plus pour résoudre des problèmes, pas pour pratiquer par intérêt pour la discipline. Je détaille cela en profondeur dans cet article. Donc rien de mal à tout cela, mais le public a changé. À mes cours, au fil des années, j’ai vu de moins en moins de personnes venues apprendre ce qu’est le yoga : 95 % viennent se détendre à un cours.
Certaines attentes vis-à vis de l’enseignement du yoga
Donc moi, cela m’ennuie un peu, j’aime apprendre, transmettre, j’aime aider, développer les capacités de chacun. J’ai eu l’impression à certains cours d’être un jukebox dans lequel on met une pièce de plus : c’est reparti pour un tour, je vais prendre ma dose. Je me souviens d’un cours en particulier, tous les participants étaient très fatigués et moi aussi, ce qui est assez inhabituel. Et je me suis sentie très triste, j’ai eu la sensation d’être obligée « d’assurer » alors que je n’avais pas l’énergie ni la disponibilité mentale pour donner quelque chose de profond à ce moment-là.
Ce que je vois aussi, c’est qu’à mes débuts, de vrais groupes se créaient, on allait boire un verre à la fin du cours, ou on restait à la salle pendant deux heures après une séance à refaire le monde. Aujourd’hui tout le monde est très pressé et il y a moins d’intérêt, moins de questions. On consomme le yoga.
Bon évidemment je me suis demandé si c’était le monde entier qui changeait ou simplement moi, mais beaucoup d’amis enseignants m’ont dit ressentir la même transformation, en particulier dans les grandes villes. J’adore transmettre le yoga, j’ai un vrai attachement pour mes élèves, évidemment. Mais tout cela a joué dans la décision d’arrêter les cours de yoga hebdomadaires.
Des formations à la carte pour devenir prof de yoga
Au niveau de la transmission, les choses ont changé également. Avant, on allait trouver une école de yoga choisie avec soin pour faire sa formation, c’était quelque chose ! Je me souviens, j’étais avec un ami, on a mis 6 mois à éplucher tous les sites des écoles de Lyon, à aller tester, à prendre des avis, on a mis un temps fou à choisir. Aujourd’hui, c’est tout à fait normal de suivre une formation en ligne. Et beaucoup d’enseignants proposent des formations en kit au lieu de cursus complets sur 4 ou 5 ans. On fait un module sur 2 mois, puis un autre, puis un autre… C’est un enseignement qui est technique, moins lié à la personne qui enseigne, davantage au savoir. Et c'est une bonne chose car cela rend la connaissance accessible aux personnes isolées ou avec des horaires et / ou une vie personnelle peu compatible avec les formules classiques des formations. Mais au bout du compte, ces formules à la carte nous laissent un peu face à nous-même. Le rôle de l'enseignant est de constituer un menu, et là il n'y a plus grand monde pour nous conseiller (oui je sais 80% de mes comparaisons sont axées sur la bouffe).
Les années covid ont beaucoup joué, je pense que tout ce temps de restrictions a accéléré cette tendance aux formations courtes, en ligne, de chez soi, sans lien direct avec l’enseignant ni le groupe. Cela a aussi accéléré les reconversions professionnelles : beaucoup de personnes se sont posé la question du sens et ont choisi de se lancer vers le monde du yoga qui semblait être le nouvel El Dorado.
Est-ce possible de vivre de sa passion pour le yoga ?

Carrément, on gagne si bien sa vie que je passe mes journées à boire des cocktails sur la plage avec Ganesh en personne...
Si la question est de savoir si l’on peut gagner sa vie en donnant des cours de yoga, je dis oui, bien sûr. Il y a 1000 manières de faire cela ensuite… Certains galèrent toute leur vie à dégager un quart de SMIC alors que d’autres gagnent 5000€ par mois.
Voici quelques exemples parmi les modes de développement les plus répandus chez les professeurs de yoga :
Donner des cours dans des studios
C'est la suite logique quand on termine sa formation d’enseignant de yoga et bien souvent il n’est pas nécessaire de l’avoir terminée (quand il s’agit de formation longue) pour démarrer l’enseignement. Au niveau du mode de vie, ça demande de sacrés aménagements de l’emploi du temps pour ceux qui veulent en vivre. Il faut se déplacer d’une salle à l’autre tant qu’on a pas la sienne, renégocier ses créneaux chaque année, on donne les cours souvent le midi et le soir, il faut souvent beaucoup de cours pour pouvoir en vivre correctement. Le tarif dépend des villes, mais à Lyon on trouve un grand écart au niveau des prix, on peut débuter à 15 euros le cours dans des MJC par exemple (mais on est salarié, avec des congés, une mutuelle, bref, certains avantages) et certains studios vont payer 70€ pour un cours. D’autres enfin paient 5€ par élève, par exemple. Ou un mix : un prix de base fixe et un supplément par élève.
Créer son espace pour enseigner le yoga
Quand on a son lieu, c’est la liberté, mais c’est aussi une grande responsabilité. De prof de yoga on passe à comptable, manager, responsable marketing, webmaster… Mais c’est une belle aventure pour celles et ceux qui ont envie d’entreprendre. Différents statuts juridiques sont possibles : on peut créer une association, être en entreprise individuelle ou en société. Je ne peux pas vous donner plus de conseils ici, car le choix du statut dépend vraiment de votre situation particulière. Moi par exemple je prévoyais de faire un chiffre d’affaires assez faible, mais je voulais avoir souvent la salle à disposition pour mes activités et celles de mes proches (musique, danse, yoga…) et donc c’était le plus simple. Il faut définir une vision stratégique, évaluer la "concurrence", penser à ce que l’on propose au sein de sa structure, assurer une cohérence, gérer les aléas avec les profs absents…
Intervenir en entreprise
Au lieu de courir de studio en studio, on court d’entreprise en entreprise. L’avantage, c’est la rémunération, souvent supérieure aux salles de yoga. Ensuite, il y a quelques inconvénients. Les élèves ne sont pas vraiment déconnectés de leur environnement, ils sont dans les locaux de leur entreprise et restent entre eux, donc j’aime moins cette ambiance, il est plus difficile de les amener dans le monde du yoga. Mais cela apporte d’autres choses, et il est possible de créer différents formats : ateliers, cours, stages… De mon côté je n’aime pas trop donner des cours en entreprise de façon générale, mais j’avais deux lieux où vraiment les élèves étaient super motivés, et c’était un vrai plaisir. Il y avait une curiosité, une exigence et une très bonne ambiance qui faisaient que dispenser les cours dans cet environnement-là était passionnant.
Donner des cours en ligne
C’est la jungle, les cours de yoga en ligne ! Il y a des centaines, des milliers de profs qui proposent cela et parfois gratuitement. Donc si vous partez de zéro et que vous vous lancez en pensant vivre des cours en ligne, il faut vraiment bien penser votre stratégie. Comment allez-vous vous différencier, quel est le point que vous avez envie de partager avec vos futurs élèves ? Pourquoi iront-ils vous voir vous et pas un autre enseignant de yoga ? Cette raison peut être liée à vous, vos connaissances, votre personnalité, votre pédagogie… Mais aussi à votre offre : quelle proposition, quelle formule, quel prix ?
Devenir formateur pour les profs de yoga
Au sein d’autres écoles de yoga, dans la vôtre, en ligne… Là, vous transmettez la technique, la pédagogie et vous permettez aux aspirants professeurs de yoga de bénéficier de vos conseils, de votre expérience. C’est le modèle économique le plus viable, il faut cependant avoir l’appétence pour cela, ce n’est pas la même chose que de donner des cours. Le plus souvent, vous commencez dans votre structure avec quelques élèves qui ont envie d’aller plus loin et qui créent un premier groupe de motivés. Mais si vous avez une expertise rare, on viendra certainement vous chercher pour vous proposer d’intervenir dans le cadre d’une formation existante. Ou vous pouvez démarcher les écoles de formation dans ce sens…
Avantages et inconvénients du métier de prof de yoga
Ce qui est trop cool
- Passer tout son temps à pratiquer, étudier, enseigner sa passion
- Beaucoup de temps libre
- Un lien facile avec d’autres passionnés de yoga (élèves et enseignants)
- La sensation d’être vraiment utile
- La sensation de ne pas travailler
- La possibilité de se former en permanence
Les côtés moins sympas
- Gare au surmenage
- Quand on est dégoûté de sa passion
- La précarité : une réalité dans le monde du yoga
- La possibilité d’une routine enfermante
- Un grain de sable dans l’engrenage…
- Les horaires atypiques qui ne favorisent pas la vie sociale
Pour beaucoup d’enseignants de yoga, le moindre petit imprévu devient un cauchemar à gérer. Une maladie, un problème d’emploi du temps, la cantine des enfants qui fait grève… Et c’est un cours qui n’a pas lieu. Il est toujours possible de se faire remplacer, mais rarement au pied levé. Et un remplacement aura deux conséquences négatives : les élèves sont souvent attachés à leurs enseignants, il y aura donc des déçus. Et vous ne gagnez rien, pas de congé maladie (j’ai été malade une fois en 10 ans, j’ai reçu 5,50€ par jour. Merci !)
Pourquoi j’ai arrêté de donner des cours de yoga hebdomadaires
La motivation principale n’a pas été un rejet du métier de prof de yoga. Au contraire, je n’ai jamais été si heureuse dans ma vie, j’ai la sensation d’être à ma place, enfin. J’ai simplement eu envie de changer de ville, en réalité je ne supportais plus Lyon, je trouve que c’est devenu très stressant, bruyant, anxiogène. Ou alors c’est juste moi qui deviens vieille. Donc l’envie de partir s’est transformée en besoin et ce projet a mûri plusieurs années, car le fait de quitter cet espace de yoga que j’avais tant rêvé et mis du temps à créer était difficile. J’ai donc dû faire un choix, on ne peut pas emporter ses cours avec soi lorsque l’on déménage, à moins de proposer des cours en ligne uniquement.
Ensuite, je ne souhaite pas donner des cours hebdomadaires là où je vis, et puis il y a plus de profs de yoga que d'élèves dans la Drôme ;) . Ou alors un ou deux, mais je ne pense pas en refaire mon activité principale pour le moment. Cette tendance à la consommation des cours de yoga m’attriste, j’ai donc choisi de proposer plutôt des stages, des journées entières au cours desquelles on peut prendre le temps de transmettre ce qu’est réellement le yoga.
Si c’était à refaire, que ferais-je différemment ?
- Je me forcerais moins à sortir de ma zone de confort
- Je ferais moins de concessions sur ce que j’ai envie d’enseigner
- Je chercherais à m’associer avec une personne que j’apprécie
- Je différencierais mieux ce qui est agréable de ce qui est rentable
- J’aurais toujours gardé 2 métiers (pendant une brève période, je n'ai fait que donner des cours)
- Je ferais moins de compromis
- Je ne culpabiliserais pas de ne pas rentrer dans le "rang"
Et quelles sont les actions qui ont été des réussites ?
- Ouvrir ma propre salle de yoga
- Créer rapidement un site internet bien référencé
- Avoir suivi une formation exigeante et passionnante
- Avoir toujours privilégié le temps à l’argent (ça permet de pratiquer, et d'avoir un bon équilibre entre vie professionnelle et privée même si les frontières sont poreuses dans le cadre de l'enseignement du yoga…)
- Réévaluer chaque année ce que je veux faire comme si tout était possible
- La création de lien avec d’autres enseignants de yoga
Les grands types de profs de yoga
Ce n’est pas un panorama exhaustif des enseignants de yoga, mais une classification avec un peu d’humour des grands styles d’enseignants de yoga que je rencontre. Il n’y a pas de style meilleur qu’un autre, chacun le sien, et il existe bon nombre d’autres « cases » dans lesquelles se « ranger ».
Le nouveau prof de yoga qui va de studio en studio
Pour débuter, c’est le plus simple, on débute souvent dans l’école où on a été formé ou dans des salles connues et on étend son réseau petit à petit. Ça permet de gagner en expérience, en confiance, de se faire connaître, de voir ce qui nous convient, d’affiner dans quelle ambiance on a envie de travailler…
Le spécialiste
C’est celui qui a développé une expertise, soit avec une pratique assidue et de longues années d’étude, soit parce qu’il a une sensibilité, une approche ou une compétence particulière. Par exemple une personne qui va proposer une approche très centrée sur le pranayama, sur l’aspect thérapeutique, sur l’étude des textes…
Les yogis "bien-être"
Ce sont des personnes qui n’ont pas forcément une expertise poussée, mais qui proposent des cours accessibles aux débutants, qui mélangent éventuellement le yoga avec d’autres disciplines, qui proposent plus un moment de bien-être qu’un cours de yoga. C’est peu spécialisé, mais accessible à tous.
Le guru professionnel
Une personnalité forte qui a des convictions ancrées, voire une forme de rigidité. On adhère pleinement ou pas du tout. Ça peut sembler assez péjoratif comme ça, mais ces personnalités hors du commun plaisent à certains profils et une fois qu’on les suit, on sait que l’on peut se reposer sur eux. Pour que la « méthode » qu’ils proposent fonctionne, il faut les suivre complètement, d’où la nécessité d’être pleinement en confiance avec eux.
Le formateur
Un enseignant de yoga qui peut conserver quelques cours, mais qui a centré le cœur de son activité sur la formation des autres enseignants. Il propose des stages, des cursus de formation, soit généralistes soit sur sa spécialité. Ce profil, comme l’expert, a plusieurs années d’enseignement à son actif. Il est préférable d’avoir expérimenté sur une longue durée ce que l’on transmet…
Le digital nomade
Certains enseignants de yoga proposent des formules 100% en ligne. Il y a de vrais avantages à cela pour les élèves, notamment celui de pouvoir suivre les cours et formations du prof de yoga qui lui correspond le mieux, quelle que soit sa localisation. Au lieu d’aller voir l’école du coin et de déduire que le yoga, ce n’est pas fait pour nous si l’enseignant ne nous convient pas, on peut désormais suivre cours et formations en ligne. Personnellement, je trouve que ça ne remplace pas le présentiel, c’est autre chose. Le présentiel pour l’humanité, le lien, ce petit quelque chose inexplicable que l’on fait passer. Et le « en ligne » pour avoir le temps de voir et revoir quand on n’a pas compris. Pour le prof, et c’est la magie des cours enregistrés, c’est l’occasion de parler de tout ce que l’on n’a pas le temps d’aborder dans les cours hebdomadaires.
Le grand ponte
Il y a des professeurs de yoga qui sont de véritables stars dans leur domaine, qui sont reconnus pour une expertise, une excellente capacité à se vendre ou parce qu’ils ont les bonnes relations ! On entre dans une autre dimension, et ces yogis, tels des rock stars mondialement connues, se lancent dans des séminaires et des tournées internationales.
Le précurseur
(Etre le seul à enseigner un point précis du yoga).
En stratégie d’entreprise, on sait que c’est peine perdue de se lancer sur un marché déjà saturé et de se lancer dans une guerre des prix. Le plus efficace est de se différencier, de trouver son « océan bleu », la zone où personne ne peut rivaliser avec nous. Bon, c’est pas évident tout ça… certains ont un atout qu’ils exploitent : l’enseignement reçu directement d’un maître et qui n’a pas encore été diffusé en France, la connaissance d’une technique particulière, ou pour les plus ambitieux le lancement de son propre « style » de yoga. Tant que l’éthique est là (essayez de le dire très vite et plein de fois pour voir… tanklétikéla…) c’est une bonne stratégie.
Comment trouver sa place ?
Les grands styles d’enseignants de yoga que je vous ai listés sont des caricatures, mais aussi différentes possibilités qui s’offrent à nous, différentes facettes de notre métier que l’on peut choisir de développer ou pas.
Sachez déjà que trouver son style d’enseignement n’est pas quelque chose qui se fait une bonne fois pour toutes : le yoga est une discipline qui nous pousse à nous questionner, à évoluer, à apprendre en permanence, vous allez donc changer votre manière de transmettre, ajuster au fil du temps.
Un exercice pratique pour trouver son chemin en tant que nouveau prof de yoga
Bon, assez rigolé, vous avez consommé ce contenu de façon passive jusque-là alors au boulot ! Si vous souhaitez enseigner le yoga, mais que vous peinez à trouver quel type de prof vous voulez devenir, essayez déjà de faire cette petite introspection simple :
- Si vous n’aviez aucune limitation technique, temporelle, en termes de compétences… Quel type d’enseignant de yoga voudriez-vous devenir ? Pourquoi voudriez-vous être reconnu, quel serait votre quotidien ?
- Voyez objectivement où vous en êtes actuellement et quelles sont les valeurs primordiales pour vous (éthique, exigence sur tel ou tel point, disponibilité…).
- Vous avez un point de départ et un cap. Dessinez votre feuille de route pour aller vers ce cap. Quelles sont les marches à gravir, dans les grandes lignes, pour passer de l'état actuel à votre objectif ? Il n’est pas nécessaire d’être arrivé au but pour commencer l’enseignement… Disons que c’est un voyage vers un idéal, qui ne sera jamais atteint, car ce cap changera au fil de vos expériences. Mais à un moment donné, sur votre feuille de route, vous noterez qu’il est possible de vous lancer.
N’hésitez pas à partager vos réflexions en commentaires. Bon, déjà, je suis curieuse de vous lire, mais cela aidera beaucoup d’enseignants de yoga à y voir plus clair sur leur chemin personnel !
Dans un prochain article, je vous donnerai des conseils beaucoup plus concrets sur la manière de s’installer en tant que professeur de yoga. Je vous prépare ce petit guide qui permettra de balayer les questions de base comme la formation à choisir, quand est-ce que l’on peut commencer à enseigner le yoga, quel statut choisir, quel mode d’enseignement privilégier, comment être sûr de ne pas se retrouver dans une impasse financière, et comment concilier son travail, sa passion pour le yoga et sa vie personnelle. Si vous avez des questions précises sur ces points, n’hésitez pas à me les poser, en commentaire si elles sont générales et par e-mail si elles sont plus personnelles, ce qui me permettra de proposer un guide sur mesure.
Devenir prof de yoga
Dans un prochain article, je vous donnerai des conseils beaucoup plus concrets sur la manière de s’installer en tant que professeur de yoga. Je vous prépare ce petit guide qui permettra de balayer les questions de base comme la formation à choisir, quand est-ce que l’on peut commencer à enseigner le yoga, quel statut choisir, quel mode d’enseignement privilégier, comment être sûr de ne pas se retrouver dans une impasse financière, et comment concilier son travail, sa passion pour le yoga et sa vie personnelle.
Si vous avez des questions précises sur ces points, n’hésitez pas à me les poser, en commentaire si elles sont générales et par e-mail si elles sont plus personnelles, ce qui me permettra de proposer un guide sur mesure.









Ah aha ah ah, qu’est ce que j’ai ri ! Extra cet article pourtant sur une thématique lue et relue et relue, mais tu sais amener ta touche d’humour et nous partager ta riche expérience. Le fait de mettre autant d’humain dans ton récit le rend touchant et nous fait nous poser les bonnes questions. Bravo aussi pour Shiva devant son mac…je suppose que tu l’as créée avec l’IA?
Ah non pas du tout c’est une image traditionnelle de Shiva sous la forme Websitananda. Elle est pas mal franchement, j’ai grillé tout mon crédit Dall-e du mois pour y arriver Je ne parle pas encore couramment le langage IA, c’est pour ça. C’est une discussion avec quelques élèves qui a inspiré cet article, alors merci à ceux qui se reconnaîtront d’avoir posé les bonnes questions pour inspirer ces réflexions !
Bravo pour cet article super complet et très intéressant :) ! J’aime beaucoup l’exercice pratique que tu proposes pour faire une belle introspection.