Peut-on amener le yoga dans la vie quotidienne ?

Le yoga ne concerne pas seulement le moment de la journée ou de la semaine consacré à la pratique des postures, du souffle ou de la méditation. C’est un état qu’on va laisser infuser dans la vie quotidienne. Une subtilité, une sensibilité à retrouver.

Comment intégrer cet état dans la vie quotidienne ?

Comment assurer une continuité entre les temps de pratique du yoga en cultivant la présence ?

Le but de la pratique du yoga

Chacun son but pour faire du yoga !

Si vous faites du yoga pour maigrir ou pour passer le temps, c’est votre but bien sûr, et ça peut fonctionner, mais le yoga peut apporter davantage. Je ne vais pas rentrer dans l’épineuse question de pourquoi pratiquer, chacun a ses raisons. Mais le but, c’est quand même selon les enseignements l’arrêt des fluctuations du mental.

Le yoga sert-il à arrêter la pensée ?

Ce n’est pas l’arrêt total de toute pensée, c’est l’arrêt du brouillard mental.

C’est se voir soi-même avec clarté et être capable de regarder les pensées filer. Avoir la clarté nécessaire pour voir une pensée et voir nos réactions à cette pensée s’il y en a.

C’est voir tout ce qui est, être intensément présent sans tension.

Ahhhh le yoga, plein de paradoxes. Et c’est cet état que l’on s’applique à cultiver au fil des séances.

Le but de tout enseignant de yoga est de vous amener à expérimenter cela au cours d’une séance, et de vous aider à cultiver cela entre les cours.

Amener l’état de yoga dans la vie

Le cours de yoga, c’est un rappel, une empreinte forte qui permet ensuite d’amener ce supplément de présence que vous avez cultivé dans votre vie.

On ne cherche pas seulement à pratiquer le yoga une heure par semaine. C’est beaucoup plus puissant que ça !

On cherche à développer plus de présence, et la capacité à être intensément présent sans pour autant être tendu.

Le yoga dans la vie quotidienne

Se laisser aller à la réactivité, c’est l’inverse de cet état de spectateur que le yogi s’applique à cultiver. Ne pas subir les caprices de son mental, ne pas tomber à corps perdu dans les émotions, voilà la quête.

Spontanéité et règles

On peut penser que cette manière de faire tue toute spontanéité. C’est parce qu’elle est différente de ce que nous connaissons.

Changer une habitude est difficile et demande un effort au départ.

La spontanéité n’existe pas, il n’y a que l’expression d’habitudes.

Nous sommes conditionnés pour agir d’une certaine manière parce que nous l’avons fait 2 000 fois, c’est tout.

Si une habitude ne nous semble pas bonne nous sommes libres d’en changer.

Nous sommes libres de choisir nos propres cadres, nos propres règles.

Tout le monde ne sera pas d’accord bien sûr mais je ne crois pas que l’absence de règles soit la vraie liberté.

Pour moi, c’est être capable de choisir les règles auxquelles on se conforme.

C’est un peu comme si vous vouliez marcher : il faut obligatoirement choisir un chemin.

De la même manière, je crois qu’il est indispensable pour évoluer dans la vie de se fixer un cadre.

Spiritualité, spontanéité et n’importe quoi

Dans le monde actuel et dans le milieu de la spiritualité en particulier on met beaucoup l’accent sur l’intuition, le ressenti, cette prétendue spontanéité… Je pense que c’est génial, à condition d’avoir déjà un bagage.

Quelqu’un qui pratique assidument le yoga depuis 10 ans va improviser ses cours et sans rien anticiper pourra parler de cette discipline, guider les élèves sur cette voie. Ses paroles ne seront pas l’expression d’un délire personnel, d’une croyance, d’un amalgame d’idées lues dans un magazine féminin mais bien le reflet d’un système établi depuis des millénaires et qui a évolué bien sûr.

A vouloir tout mélanger et à se refuser à fixer un cadre, on crée une bouillie spirituelle vide de sens, qui n’est que l’expression des croyances de chacun. Après tout pourquoi pas si c'est clair ! Certaines personnes voudront suivre une personnalité qu'elles admirent, et là c'est complètement valable. Mais si je viens apprendre le yoga, je veux que l'on m'enseigne le yoga. Et si je viens apprendre le judo, c'est la même chose... Je ne me satisferai pas d'un aperçu rapide de tous les arts martiaux saupoudrés de l'avis du prof.

Alors oui certains me diront que cette vision des choses et un peu trop figée, que le yoga doit évoluer. Je suis d’accord avec ça, mais cette nécessité d’évolution ne doit pas être la porte ouverte au n’importe quoi. On n’improviserait pas les règles de la physique sous prétexte qu’elles doivent évoluer. Je pense qu’il est tout aussi absurde de vouloir s’accorder une marge de liberté dans le yoga sans l’avoir étudiée au préalable.

Notez que là je parle de transmission directe, mais la même chose se passe lorsque l'on cherche de l'information. On lit des trucs à droite à gauche, un bouquin, une vidéo, une quête effrénée de réponses... Ou simple curiosité. Il n'y a rien de mal à cela, mais il faut parfois prendre conscience que la dispersion et le manque de cohérence ne nous permettent pas d'avancer sur un chemin. C'est en revanche une bonne méthode pour découvrir le début de plusieurs chemins.

Le détachement est-il le renoncement ?

Amener du yoga dans la vie quotidienne, est-ce renoncer ?

Pour cultiver cette attitude de spectateur, il faut être capable de se mettre à distance des choses.

De rester dans une vraie dualité qui est notre mode par défaut d’appréhension du réel pour ensuite pouvoir éventuellement la transcender.

Les samskaras (imprégnations mentales, disons la force de nos habitudes, nos schémas récurrents) sont considérés comme aliénants et doivent donc être dissous. Comment fait-on en pratique ? Il suffit de ne pas les alimenter. Cela demande beaucoup de patience et une vigilance de chaque instant.

Lorsqu’une réaction non désirée se met en place, on doit agir rapidement en s’abstenant de réagir ou en modifiant la manière de faire.

Ce n’est qu’au prix de cet effort que l’on peut acquérir un certain recul, une certaine tranquillité d’esprit.

Les aléas de la vie nous atteignent un peu moins. Au lieu de plonger dedans, on reste à une distance raisonnable. C’est comme choisir de rester un peu à l’écart du feu pour en apprécier la chaleur, mais si on va au cœur des flammes, on brûle…

Etre libre de soi-même

Nous voyons donc que toute notre vie est conditionnée par ces samskaras, que c’est notre subconscient qui dicte nos pensées, nos conduites, nos émotions… De quoi sommes-nous réellement maîtres ? Pouvons-nous nous déclarer libres ?

Le but n’est pas de nier ce qui est, ressentis ou émotions. Gagner en recul c’est être davantage soi-même, ce n’est pas une négation de soi. On peut regarder naître une émotion ou une pensée sans réagir.

Cette attitude stable et immobile est inconfortable au départ mais lorsqu’elle devient familière elle est vraiment agréable.

La réponse que l’on pourra faire à la pensée ou à l’émotion sera plus juste également. Elle ne sera plus le fruit d’une impulsion, d’un conditionnement, mais d’un choix. Remplacer l’inconscience par la conscience, n’est-ce pas le rêve de tout yogi ?

Comment amener le yoga dans la vie quotidienne, en pratique ?

Pour faire cela, trouver ce recul, le plus simple au départ est de ralentir.

Ralentir un peu le rythme pour avoir le temps de s’observer.

Prendre des moments de pause, d’arrêt lorsque c’est possible.

Pas forcément longtemps, juste assez pour créer une rupture, une discontinuité entre le stimulus et la réaction.

Bien sûr on ne peut pas l’appliquer à tout, tout de suite. Mais avec le temps, cette façon de se voir soi-même et d’appréhender le monde peut devenir plus naturelle. Je pense que par les temps qui courent cette capacité à ralentir pour se réapproprier ses choix est indispensable.

Il devient de plus en plus facile de se faire happer par le monde, de sortir de soi-même.

En s’exerçant seulement à trouver ce recul, on gagne inévitablement en liberté, en tranquillité, en assurance.

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