Bonjour à tous ! Alors je mets bien joyeusement les pieds dans le plat pour parler du sujet dont on n'ose pas parler en ce moment : le pass sanitaire. Le but de cet article est de traiter la compatibilité entre la mise en place de ce pass sanitaire et l'enseignement du yoga, pas de juger de la pertinence des mesures à l'échelle nationale.

Pour les personnes qui assistent aux cours de yoga, j'aimerais que le débat ne soit pas remis sur le tapis (haha, je me rends compte que c'est drôle à la relecture) durant les cours. On en parle avant, après, autour d'un café (mais pas dans un café), sur cette page, ailleurs, mais par pitiééééé pas pendant les cours qui sont des espaces où pour une fois le mental et le jugement sont censés rester à la porte de la salle. Vous les retrouverez bien entendu à la sortie :)

Le pass sanitaire obligatoire dans toutes les salle de yoga

Je pensais y échapper en tant que petite association grâce à la jauge des 50 personnes. J'ai été surprise de la voir annulée et découvrir avec stupeur il y a quelques jours que le pass sanitaire allait être obligatoire dans toutes les structures associatives, quelle que soit leur taille et leur activité.

Une fois la surprise passée, j'ai essayée de me questionner honnêtement sur cette décision.

Petit topo sur mes biais personnels

Vous pouvez passer cette partie, je vais vous raconter un peu ma vie.

Tout le monde ou presque a un avis depuis plus d'un an et demi sur les mesures qui sont mises en place. Je ne fais pas exception même si j'essaie de rester en recul. Bon, le vaccin, c'est l'affaire de chacun. Je ne suis ni pour ni contre, le choix est personnel, normalement libre et éclairé, ça me désole que ce ne soit pas vraiment le cas et que certains y soient contraints.

Ensuite concernant le pass sanitaire, je trouve que c'est un superbe piétinement de notre devise nationale.

Liberté : si pour certains "la première des libertés c'est la sécurité", ce n'est pas exactement ma définition. Je trouve que nos libertés se font gentiment démolir depuis un an et demi et je ne peux pas m'empêcher de faire le parallèle avec les mauvais scénarios de fiction ou la non-fiction au sujet du contrôle de la population qui peut se voir aisément dans d'autres pays.

Egalité : les droits des personnes dépendent de leur statut vaccinal, ce n'est pas mon idée de l'égalité (je sais que c'est discutable, mais là c'est juste mon avis).

Fraternité : demander aux citoyens de se contrôler les uns les autres, c'est un peu loin de mon idéal de fraternité. Ce qui est intéressant c'est que je n'avais jamais vraiment vu comment on pouvait appliquer cette valeur de fraternité au quotidien. Et bien là je vois comment on peut ne pas l'appliquer.

Ce qui est drôle avec ce que je vous écris là, c'est que tout peut être renversé. Profitons-en pour faire un exercice, le sujet est excellent car assez clivant. A titre personnel je suis contre le pass sanitaire, mais si je me force à prendre le point de vue inverse je peux également trouver des arguments.

Ce dispositif est censé nous permettre de retrouver rapidement nos libertés, en ce sens ce n'est donc pas une entrave mais une contrainte temporaire en vue de retrouver une vie plus libre.

L'égalité de traitement est assurée, dans le sens où tous ceux qui respectent la loi sont traités de façon identique.

Fraternité : là encore de façon surprenante c'est très fort ! Un sentiment d'appartenance peut naître de ces difficultés auxquelles nous faisons face depuis un an et demi, et un élan de fraternité peut émerger. Le "tous unis contre le virus" a du bon...

Entre ces deux avis tranchés existe un panel de nuances. On a tendance à se ranger dans un camp ou dans l'autre alors que nos convictions fluctuent au gré de nos émotions, des exemples concrets qui se présentent, du temps qui passe tout simplement. Ne restons pas figés dans une croyance. Laisser un avis nous définir, c'est s'enfermer. Toujours du point de vue du yoga, la recherche est plutôt l'ouverture. ça ne veut pas dire tout accepter et ne jamais trancher, c'est simplement ce petit exercice de voir quels sont les différents points de vue possible et accepter la complexité, les nuances, la vanité de certaines choses.

Ce qui me gêne profondément avec ce pass sanitaire c'est le principe même que mes allées et venues soient conditionnées à mon statut vaccinal, le petit rappel constant qu'il y a un problème de fond avec cette obligation de scanner le petit code partout, l'absurdité de demander le pass en plein air (zoos, terrasses par exemple) et par-dessus tout l'obligation de contrôler mes propres élèves. Je suis désolée, c'est contre mes valeurs d'aller contrôler vos pass à l'entrée du cours.

Je comprends les restaurateurs qui ferment carrément la boutique : soit on se conforme aux lois et on continue de vivoter, soit on se conforme à ses valeurs et on met la clef sous la porte. Il n'y a pas de bonne solution, c'est précisément ce qui rend dingue.

J'ai peur aussi que ce pass ne reste trop longtemps, donne des idées sympathiques à nos dirigeants (type crédit social), restreigne les libertés au-delà de la nécessité sanitaire.

Blabla terminé.

Pass sanitaire et yoga sont-ils compatibles ?

Je vais vous raconter une petite histoire.

A la fin de la formation d'enseignant de yoga que j'ai suivie, il y a eu une cérémonie de remise des diplômes. Moment émouvant, un poil solennel. En récupérant le précieux sésame qui vient couronner 5 années de contorsions et d'étouffements (comprendre asana et pranayama) chacun s'engage publiquement à transmettre le yoga à toute personnes qui fera la demande sincère de recevoir les enseignements. Sur le coup ça nous a fait marrer, nous nous sommes fait des demandes mutuelles pour assister aux cours les uns des autres sachant que maintenant plus personne ne pouvait refuser. Et bien je ne pensais pas à cet instant là prendre une telle responsabilité.

Cela signifie par exemple que je ne peux pas refuser un élève si je ne m'entends pas personnellement avec.

Je ne refuse pas de recevoir quelqu'un qui ne peut pas payer.

Je ne refuse pas d'accueillir une personne qui se montre irrespecteuse.

Ces 3 exemples sont ceux que j'ai déjà rencontrés. Et mon enseignant est lui-même un modèle dans l'application de cette règle avec une volonté d'inclusion hors du commun, je pense qu'il l'applique encore plus formellement et plus naturellement. Pour ceux qui veulent plus de détails sur ma vision du yoga et de l'enseignement, il y a un article spécialement sur ce sujet.

Et maintenant, on me demande de refuser l'enseignement à des personnes qui n'auraient pas reçu un vaccin.

C'est ennuyeux, s'ils font une demande sincère.

Qui écouter ? L'Etat, la lignée de yogis, mes convictions personnelles ?

Tous les enseignants n'ont pas pris cet engagement. Chacun pourra donc voir midi à sa porte suivant ce à quoi il s'est engagé.

Vous voyez, il n'y a pas de réponse toute faite. Pour certains, le pass sanitaire sera un moyen s'assurer un cadre sûr à leurs élèves lors des cours. D'autres passent outre depuis le début des restrictions.

Pour ma part j'ai choisi un entre deux. Dans le cadre professionnel j'applique la règle. Dans le cadre privé, je suis libre. Lors des confinements, j'ai continué à dispenser un enseignement à ceux qui m'en ont fait la demande lorsque c'était possible techniquement. Et ce qu'il y avait de beau avec ça, c'était la richesse dans la diversité. Certains avaient envie d'un support écrit pour les guider dans leur pratique, j'ai donc écrit des séances. Certains voulaient des cours particuliers, nous nous sommes vus. D'autres voulaient des cours en petits groupes, ce que nous avons fait. La majorité a souhaité continuer via Zoom, même si ce n'est pas mon truc je l'ai fait pour maintenir le lien et c'est vrai, c'était beaucoup mieux que rien.

Pour vivre heureux vivons cachés

Vous ne le savez peut-être pas parce que c'est un peu le principe de la discrétion, mais il existe de nombreuses lignées de yogis en Inde qui ne sont pas connues du grand public. Des petites écoles où un groupe restreint gravite autour d'un maître qui dispense ses enseignements. Son nom n'est pas connu, le lieu demeure secret. Ceux qui se rendent dans ces lieux n'en parlent pas et vivent leur vie publique comme si tout cela n'existait pas.

Là encore, les crises permettent de comprendre tout un tas de choses

Je me suis souvent demandée pourquoi être si précautionneux. Je voyais cela comme une forme d'élitisme, un manque d'ouverture. Bien sûr au fil des siècles en Inde les yogis ont été persécutés, il y a 500 ans je comprends la nécessité qu'il y avait à se faire discret.

Bon, maintenant, je vois que c'est une sage décision.

On ne peut pas interdire ce qui n'existe pas. La discrétion de ces groupes est leur plus sûr moyen de perdurer dans un contexte où la liberté d'aller et venir est très sérieusement remise en question.

Le yoga a été repris par des groupes religieux et a été dans un certain cadre réservé à une caste particulière, mais à l'origine il était enseigné à tous. Dans un pays comme l'Inde, rendez-vous compte de ce que cela représente ! Les conflits religieux ont marqué l'histoire du pays. La place de la femme n'est pas la même qu'en France. La vieille habitude des castes a encore la vie dure. Et malgré tout cela, le yoga était enseigné à tous.

Moi je trouve ça très fort, et je suis un peu en colère lorsque je vois que le caractère universel de cet enseignement est mis en danger.

Pour finir...

Chacun fera selon ses convictions, son histoire, ses peurs, ses valeurs, son rapport à l'autorité (celle qui vient d'en-haut et celle qu'il nous revient d'exercer). Je serais curieuse d'avoir les retours d'autres yogis et yoginis, comment chacun poursuit ou décide de suspendre son activité. Quelles sont les alternatives que chacun trouvera pour ne pas faire des choses qui sont contre ses valeurs et pour ne pas mettre à mal ses convictions, et par extension son estime de soi ?

Transmettre le yoga, c'est toujours un appel profond. On ne décide pas d'enseigner le yoga à la légère. C'est compliqué, c'est engageant, ça oblige à se transformer soi-même, à se voir bien en face (y compris les parties que l'on aime un peu moins) avec ses faiblesses et ses contradictions. C'est un questionnement permanent, c'est l'absence totale de certitudes, l'engagement complet dans quelque chose qui nous dépasse de très loin. C'est se mettre au service de valeurs en mettant de côté parfois nos préférences personnelles pour faire ce qui semble juste. Et parfois on se trompe là-dessus aussi.

Alors voilà, le but n'est pas d'engager une bataille d'avis. Parmi tous ceux qui ont lu ces lignes (ah oui, je ne suis pas pour l'écriture inclusive qui rend les textes illisibles, donc je ne l'applique pas) chacun aura un avis différent. J'essayais ici de vous exploser d'une part mon avis (pour ceux qui se sentent concernés car ils viennent aux cours) et d'autre part quelques éléments de réponse issus de la tradition du yoga. Si vous trouvez cette réflexion utile, vous pouvez partager cet article. Si vous avez des questions vous pouvez les poser en commentaire ou par mail. Quel que soit votre avis sur la question, je serai ravie de retrouver dans quelques semaines toutes les personnes motivées pour yoguiser ensemble :)

 

 

 

 

 

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