J'ai hésité à faire ce podcast parce qu'on trouve déjà des milliards de ressources sur le dharma, expliquant avec plus ou moins de succès ce qu'est le dharma. Personnellement je reste toujours un peu sur ma faim, alors ici je ne vais pas vous répéter ce que l'on retrouve partout. Une fois que nous aurons posé les bases de ce que pourrait être le dharma — définition qui se fera en suivant les voies proposées par les textes traditionnels du yoga ainsi que leurs commentaires —, nous allons voir comment cette définition peut avoir un écho dans nos vies, comment cela peut modifier, même légèrement, le sens de notre expérience de la vie.

Podcast : ce qu’est vraiment le dharma

Une remise en question du terme puruṣārtha

Ce podcast sur le dharma s'inscrit dans une série de réflexions autour du sens de la vie dans la tradition indienne, et plus particulièrement à la lumière des textes traitant de yoga.

« Tradition indienne », ça ne veut pas dire une chose unique, mais disons que mon enquête débute avec les Veda — de toute façon, avant ça, on n'a pas de textes. Ensuite viennent les traités tels que les dharmaśāstra, avec par exemple les Lois de Manu, l'Arthaśāstra, le Kāmasūtra, qui est un livre assez étonnant, bien loin de l'image véhiculée par les versions illustrées : on y parle beaucoup de morale et de technique, bref c'est assez rébarbatif de mon point de vue.

Puis nous passons aux Upaniṣad et aux Tantra, textes plus tardifs.

La question du sens de la vie a bien évidemment évolué : elle n'était pas la même en -1000 et au XVe siècle, et d'une région à l'autre de l'Inde cette thématique était bien entendu discutée différemment. Le problème de l'histoire, c'est qu'elle a tendance à tout aplanir, à faire croire qu'il y a une unité temporelle et spatiale alors que la réalité est bien plus nuancée. Bref, je ne peux pas parler de tout ici, donc des généralisations sont faites, mais il faut garder en tête que ce n'est pas rigoureusement exact — c'est comme un schéma : vous n'avez pas un tableau complet, bien précis, bien organisé.

Cette série dédiée au sens de la vie a commencé avec une présentation de ce que sont les puruṣārtha, que l'on pourrait traduire par sens ou but de la vie. Si vous n'avez pas écouté le premier épisode, je vous invite à le faire, le lien est en description.

Au fil de mes recherches, alors que l'immense majorité des universitaires s'accordent à traduire puruṣārtha par « les buts de la vie humaine », je tombe sur un article de Patrick Olivelle, qui est indologue, philologue et spécialiste de la littérature sanskrite.

Bref, si vous vous intéressez à l'histoire de l'Inde et au yoga, vous tombez inévitablement sur les traductions qu'il a publiées ou sur ses articles. Il explique donc que si puruṣa signifie bien « homme » en sanskrit, artha est très polysémique. Ça, c'est sûr : en débutant mes recherches, j'ai bien sûr commencé par ouvrir un dictionnaire sanskrit et on voit qu'artha peut signifier pas mal de choses. Je vous épargne les détails de grammaire sanskrite sur les composés nominaux, mais il démontre qu'en réalité il est probable que le mot artha dans puruṣārtha ne désigne pas le but, mais « ce qui est bénéfique ».

Lorsque j'ai partagé cette découverte avec mon entourage, j'ai été déçue de leur manque d'enthousiasme ; la réponse que j'ai reçue le plus souvent était : « Bah, c'est presque pareil. » Je ne suis pas tout à fait d'accord : cela suppose que le but de la vie devrait nécessairement être bénéfique à l'homme. Ça me semble préférable, mais qui suis-je pour supposer que c'est une vérité absolue ? Lorsque quelqu'un se bat pour une noble cause et y laisse sa vie, ce n'est pas bénéfique pour lui, mais peut-être pour la cause. Bref, on peut débattre. Et puis ce qui est bénéfique pour l'être humain ne donne pas forcément le sens. J'adore les brocolis et on peut raisonnablement supposer que c'est plutôt bénéfique d'en manger — quoiqu’aujourd’hui ce qu'on croit savoir sur l'alimentation semble assez fragile — mais ça ne donne pas un but à mon existence.

Doit-on pour autant mettre à la poubelle toutes les études et tous les ouvrages qui évoquent le sens de la vie en faisant référence aux puruṣārtha ? Je ne crois pas.

Cela soulève en tout cas une question intéressante : nous avons traduit par « sens » car puruṣārtha était le terme qui s'apparentait le plus à ce que nous nommons aujourd'hui, en Occident, le sens. Mais c'est un concept, le sens — peut-être que les Indiens d'il y a 2 000 ans ne s'intéressaient pas au sens. Ou peut-être que le sens était évident pour eux, que personne ne se posait trop la question. Donc vous avancez dans l'enquête au même rythme que moi, et nous avons maintenant cette nuance supplémentaire qui vient éclairer nos recherches : puruṣārtha, c'est avant tout ce qui est bénéfique pour l'être humain.

Qu’est-ce que le dharma ?

Aujourd'hui nous parlons donc de dharma, dans le contexte de la pensée indienne — védique, brahmanique, puis tantrique —, sans que je fasse ici référence au bouddhisme, qui s'est également beaucoup appuyé sur ce terme.

Tout comme le terme yoga n'évoquait pas les mêmes pratiques il y a deux mille ans et aujourd'hui, le mot dharma a évolué au cours du temps. Pour ne pas rester dans une définition figée, voyons rapidement les sens qu'il a pu revêtir au fil des siècles.

L'étymologie nous ramène à ce qui « porte » et « maintient » toute chose, ce qui, en un sens, touche à sa nature essentielle.

Dans les Veda, dharma est l'ordre cosmique : le terme désigne à la fois cet ordre universel et les actes — rites et sacrifices, yajña — qui doivent être réalisés afin d'en assurer le maintien. Dharma est cette force qui maintient le monde. Dans les Veda, dharma est donc ordre universel, mais aussi ensemble des actes rituels qui permettent au monde de continuer à exister.

Dans la Kaṭha Upaniṣad 2.13, il est dit : « Après avoir entendu cet enseignement, le mortel découvre la justesse (dharmyam) et atteint ce Soi subtil (anum etam). En réalisant cette cause de délice, il se réjouit. » Suivre ce qui est conforme au dharma est donc la clé pour atteindre le Soi, d'après ce texte en tout cas.

Après les Veda, le sens de dharma a commencé à désigner tout ce qui a trait à la conduite des êtres humains. Le découpage de la société en varṇa amène encore davantage de confusion, car vient alors un varṇadharma comprenant des règles différentes pour chacun. C'est pour cela que beaucoup de textes relatifs au dharma et plus largement aux puruṣārtha évoquent l'ordre social indien.

Le genre est également un critère qui justifie — d'après les textes, évidemment, je ne partage pas ici un avis personnel — l'adhésion à un dharma spécifique, le strīdharma, le dharma de la femme. Dans la plupart des textes, le dharma énoncé pour chaque varṇa est en réalité le puruṣadharma, celui qui s'applique à l'homme uniquement, mais un dharma unique semble exister pour les femmes indépendamment de leur statut social. Le programme n'est guère surprenant : il s'agit globalement de se conformer à ce qui serait la « nature féminine », c'est-à-dire faire preuve de dévotion envers son mari et sa famille.

Les Lois de Manu proposent d'autres définitions, mais il n'est pas question ici d'ordre cosmique. Ce traité pose les bases d'un dharma social lié à une époque et une culture données, avec des préconisations propres au genre ou à la place dans la société, mais on y retrouve tout de même une définition du dharma qui pourrait être universelle : 6.92 — « Contentement, patience, empire sur soi-même, probité, pureté, répression des sens, science, connaissance (du Veda), vérité, douceur, tels sont les dix préceptes de (cette) loi. » Globalement, les Dharmaśāstra codifient un dharma social et rituel situé dans une époque et un contexte culturel déterminés, mais ils se présentent comme inspirés par le dharma éternel.

Avec la Bhagavad Gītā, on entre dans une autre perspective : ce texte cite les qualités de la nature divine, daivīsampad, qui peuvent être assimilées à la recette,si j'ose dire, de l'action dharmique (16.1-3). À d'autres endroits du Mahābhārata, dharma est défini de diverses façons ; on retient par exemple 12.251.24 : « Les sages disent que le dharma, c'est tout ce qui est fondé sur l'amour pour tous les êtres. C'est ce qui permet de reconnaître le dharma et de le distinguer de l'adharma. »

Les yama et niyama énoncés dans les Yogasūtra peuvent également être vus comme une définition de ce qui est conforme au dharma. On peut dire que les yama et niyama sont une expression du dharma « universel » du point de vue du yoga, même s'ils ne constituent pas la définition complète de tout ce que recouvre le dharma.

Le sanātanadharma est quant à lui utilisé pour faire référence au dharma éternel, aux règles valables en tout temps et en tous lieux, indépendamment des varṇa.

Le sens a donc évolué, allant de l'action rituelle au développement d'un niveau de conscience permettant d'agir de façon juste dans le monde. L'expression du dharma s'est intériorisée, tout comme le sacrifice qui était visible à l'époque védique et intérieur ensuite.

Svadharma : la porte ouverte à toutes les dérives ?

Faisons un petit point ici sur le concept de svadharma parfois brandit par des yogis ans scrupules, et je peux vous dire qu'il y en a, pour justifuer à peu près n'importe quoi. On traduit souvent svadharma par dharma personnel et dit comme ça effectivement il est possible de croire que je peux faire n'importe quoi à partir du moment où cela est conforme à ce que je crois bon pour moi, ou à se que je prétends être ma nature.

Le svadharma est parfois présenté comme la justification d'un dharma qui serait personnel, dans le sens de lié à notre personnalité et à nos préférences. Ce n'est pas ce que disent les textes : le svadharma n'est pas choisi par l'individu, qui peut même être réticent à accomplir la mission qui lui incombe — il suffit d'ouvrir la Bhagavad Gītā pour en être convaincu.

Comme le formule Jean Filliozat : « On appelle svadharma le devoir propre de chacun, qui est en fait la disposition naturelle dans laquelle il se trouve et qu'il doit suivre. » Le svadharma est lié à la caste, au genre, à la famille, et non aux préférences individuelles.

Absence de dharma et perte de sens

L'un des grands maux du monde actuel est la perte de sens. Pour moi cela soulève une question importante, et c'est l'une des grandes tensions de cette vision du sens de la vie : la notion de liberté telle que nous l'entendons aujourd'hui entre, je crois, nécessairement en conflit avec la fixation d'un dharma qui est lié à notre espèce, à la nature humaine, et à ses limitations.

Je peux vouloir arrêter de respirer et vivre quand même, et même si avec le prāṇāyāma je peux m'abstenir de respirer quelques minutes, il y a une limite. Le dharma, ce pour quoi je suis prévue, me rattrape. Mon exemple est grossier, pour bien illustrer.

Prenons autre chose. Je peux vouloir faire la fête toute la nuit et aller travailler le lendemain matin en accomplissant ce travail correctement, et pourtant je n'en suis pas capable. Si l'on se conforme à un dharma, on perd donc en liberté dans le sens où je ne peux plus faire tout ce que je veux, je me heurte à des limitations, qu'elles soient personnelles — liées à mon caractère, à mon corps, à mon intelligence, mes capacités — ou communes à toute l'espèce humaine, comme les besoins physiologiques.

J'ajouterai que certaines limitations sont liées à un ordre social : je peux faire ce que je veux, me balader à poil dans la rue ou tuer mon voisin, mais il y aura des conséquences. Il y a donc une tension entre dharma et liberté. Tout ça pour dire une chose importante : l'humain a ceci de particulier qu'il peut choisir s'il suit son dharma ou pas.

Que signifie suivre son dharma, et avons-nous intérêt à nous conformer à cet ordre cosmique ?

Le but de la vie, ou ce qui est bénéfique à l’humain

Quatre piliers qui proposent un chemin vers le Soi : dharma, artha, kāma et mokṣa assureraient donc de mener une vie dans laquelle le besoin de sens est comblé.

Si l'on regarde de plus près, on constate rapidement qu'artha et kāma ne peuvent s'exprimer de façon juste que dans le cadre du dharma, et que dharma est le chemin qui mène vers mokṣa.

Le respect de l'ordre cosmique et la libération vont donc de pair, la prospérité et le plaisir venant en soutien pour agrémenter ce chemin qui semble parfois assez ardu.

Dharma est le plus important de ces piliers dans le sens où c'est le seul qui peut être pleinement sous notre contrôle.

Le seul rôle pour l'être humain est donc de vivre en conformité avec dharma.

Dharma et karma

Karma, c'est l'action, et l'action est indissociable du dharma, car sans action le dharma ne peut pas s'exprimer. Avoir plein de bonnes intentions, ce n'est pas œuvrer pour le dharma. Cette association du sens et de la nécessité d'agir se retrouve d'ailleurs chez des philosophes actuels comme Susan Wolf, qui a écrit l'un des ouvrages majeurs sur le sens de la vie, intitulé en français je crois Le sens dans la vie. Celui qui recherche une vie pleine de sens, ou au moins bénéfique, ne peut pas se contenter de penser : il doit aussi se mettre en mouvement. Mais comment agir conformément au dharma ?

L'action juste est celle qui ne produit pas de saṃskāra ; elle est réalisée sans attachement et sans peur, la motivation de celui qui l'accomplit comptant davantage que l'action elle-même pour déterminer si cela est conforme au dharma. La non-action peut, elle aussi, produire des saṃskāra, par exemple si une action de notre part est requise dans l'intérêt du collectif. Ce qui est adharma, c'est l'action accomplie dans l'ignorance ou par malveillance.

L'expression du dharma est l'action la plus juste qui peut être accomplie à tout moment. Chacun est unique, chaque circonstance l'est également : aucune règle ne suffit donc pour prendre en compte les particularités et les subtilités de chaque situation. Le sens ne peut qu'émaner de soi, d'où la proposition des enseignements : faire place nette pour favoriser la rencontre avec nous-mêmes, et de ce contact naîtra l'action dharmique.

Vivre en conformité avec le dharma se rapproche de ce qu'Aristote nommait « la vie bonne », la poursuite d'une vie vertueuse où l'on exerce notre discernement. Éclairées par la lumière de la conscience, les actions sont justes. Le but de la vie humaine est alors de s'améliorer, se polir comme on travaillerait une pierre précieuse afin de lui donner tout son éclat et de rendre apparente sa véritable nature. Tout est déjà présent — et ce n'est pas une phrase en l'air ou une fausse promesse. Le tout est de trouver l'accès !

Entrer en contact avec l’ātman

Sacré programme, qui peut sembler un brin trop ambitieux, mais c'est pourtant la seule solution pour être en mesure de devenir un serviteur du dharma. La voie du yoga n'est rien d'autre que cette recherche, un éveil de la présence, de la sensibilité, de l'écoute.

Cette pratique peut être complétée par l'étude des textes, qui présentent deux types de connaissance : des méthodes pour parvenir à réaliser ce « nettoyage », et des règles qui permettent, en les suivant, de se rapprocher de ce qui est juste et dharmique.

Pour que l'écoute des textes et des enseignements amène une véritable transformation, il convient de les aborder d'une certaine manière. Il est inutile de les lire comme on consulterait le journal, survolant les phrases en restant dans l'état de raisonnement ordinaire.

Disons que l'enseignement est un bon plat, très dense : on peut l'avaler sans être centré sur le goût, et tout ce qu'il nous reste au final c'est un poids sur l'estomac. Si on le déguste lentement en gardant les sens en éveil, il révèle lentement ses saveurs et on ne mange pas au-delà de sa faim.

L'étude n'est pas une adhésion aveugle, un apprentissage scolaire. Le chercheur se doit de réfléchir sur le sens de ce qui a été lu ou entendu, il le mettra ensuite en lien avec sa vie pour mettre à l'épreuve du réel ces principes, et il prendra le temps de contempler longuement ces enseignements, les laissant infuser en lui. Ce n'est qu'à l'issue de ce processus qu'il pourra recevoir l'enseignement réel — non pas ce qui a été lu, mais ce qui a été intégré. La lecture seule n'apporte rien, il est indispensable de s'approprier la leçon en réalisant les exercices. Les enseignements ne sont que des flèches qui pointent vers le Soi.

« C'est le soi, en vérité, qu'il faut regarder, qu'il faut écouter, qu'il faut penser, qu'il faut méditer. Ô Maitreyī, c'est seulement en regardant le soi, en l'écoutant, en le pensant, en en prenant conscience qu'on connaît tout ce qui est. » Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad 2.4.5.

Vivre une vie fondée sur le dharma

On en vient à l'essence de ce que j'ai envie d'évoquer ici : voir si ces concepts sont vraiment applicables aujourd'hui et, dans ce cas, comment les mettre en pratique dans nos vies d'occidentaux du XXIe siècle.

On trouve bien sûr un dharma sauce développement personnel, avec des concepts repris et modifiés comme celui de l'ikigaï, où on nous dit que pour vivre une vie pleine de sens il suffit de trouver ce qui conjugue une passion, la possibilité de se faire rémunérer pour cela, ce pour quoi on est doué, et ce dont le monde a besoin. Vu comme ça, ça ressemble à nos puruṣārtha, mais sans le fondement moral que dharma implique : si j'ai suivi un entraînement poussé dans l'un des meilleurs services secrets du monde, que je suis douée pour me battre, que j'ai un ensemble de compétences rares, je peux trouver des gens qui ont besoin de mes services pour supprimer d'autres personnes, et ça peut même m'amuser de remplir ces missions. Donc être un assassin professionnel, c'est possible grâce à l'ikigaï ! Mais ça ne rentre pas vraiment dans le cadre de l'action dharmique.

Dans ces méthodes modernes, il y a aussi un accent très fort mis sur l'extérieur — l'activité que je fais, ma place dans le monde —, mais on développe moins ce qui a trait à la vie intérieure. Or nous avons vu qu'avec la définition du dharma, il y a une notion d'aller à la rencontre de notre vrai Soi, ce que l'on peut nommer ātman, ce que nous sommes une fois que les voiles de nos conditionnements et de nos personnalités — de ce qui nous particularise d'une certaine manière — ont été levés. Et cet ātman, cette essence, est commun à tous les êtres humains : selon les enseignements du yoga, c'est cela la part divine, et cette part de nous est bien au-delà des préférences individuelles et des intérêts personnels.

À mes yeux, s'il est possible de proposer une définition du dharma en tant que principe, il est beaucoup plus difficile d'en définir le contenu : je peux dire ce qu'est dharma suivant les textes et les enseignements, je peux donner une trame permettant à chacun de s'efforcer à respecter ces principes dharmiques, mais je ne peux pas édicter une liste de règles qui devraient être suivies par tous, en toute circonstance, quelle que soit le lieu ou l'époque.

Le mot dharma lui-même ne peut être traduit sans périphrase : il désigne parfois l'ordre cosmique, parfois un ensemble de règles sociales, parfois une qualité intérieure. Il me semble donc essentiel de commencer par reconnaître cette diversité et accepter qu'il n'existe pas de réponse simple ou de liste toute faite qu'il suffirait de suivre ; on entrerait alors dans une approche dogmatique.

Les textes sont des outils qui nous permettent de nous orienter et qui sont une aide précieuse sur laquelle s'appuyer pour qui veut développer une connaissance intime de soi. C'est cette connaissance et ce lien à soi qui permettront ensuite l'émergence de ce qu'est réellement dharma.

Il est possible d'imiter des comportements ou des qualités dharmiques, mais une action vraiment juste n'apparaît que lorsqu'il y a eu une plongée dans l'intériorité et une transformation. Le rôle du maître et des enseignements est d'aider ce processus en favorisant l'émergence du discernement.