Natarajasana (नटराजासन), la posture du roi de la danse ou plus souvent simplement appelée posture du danseur.

C’est une jolie posture, donc vous la connaissez car son image est souvent reprise. Mais au-delà de la face visible du roi de la danse, que trouve-t-on ? Quel est la symbolique derrière cette danse ? Quel est le sens de cet asana ?

Qui est le roi de la danse ?

C’est Shiva, pardi ! Mais il ne s’agit pas de n’importe quelle danse.

Vous savez, cette image de Shiva ? On voit souvent des statues qui le représentent ainsi.

POSTURE danseur yoga

Nataraja en image

On voit donc Shiva en mouvement, entouré d’un cercle de flammes, qui représente le pouvoir aliénant de Maya, l’illusion. Pour simplifier, ce sont nos propres limites, tout ce qui nous empêche de percevoir le monde tel qu’il est réellement. Ce sont les limites de nos conditionnements, croyances, habitudes et autres trucs sympathiques qui colorent notre vision du monde.

Lui qui est assimilé à la conscience immobile et souvent représenté en assise méditative, le voici doué de mouvement (animé par la Shakti ?) et jouant avec le feu… Ses cheveux qui sont sagement attachés sur les représentations habituelles sont ici dressés et ondulent vers les flammes.

Le mouvement de cette danse est rythmé par le son du tambourin dont joue Shiva.

Il piétine le démon Apasmara, symbole de l’ignorance. Ce démon aurait été envoyé par les rishis (littéralement « voyants », mais je pense que la définition de « sages » vous parlera davantage). Shiva démontra donc sa puissance aux rishis en écrasant le démon et en effectuant sa danse appelée tandava ou ananda tandava (danse de la félicité).

 

 

Naratarasana, symbole de création et de destruction

Le son du tambourin est un signe de vie, de création. Par ce son, les êtres naissent et sont créés par Shiva. Par sa danse il détruit les mondes et les formes. Notre roi de la danse est donc à la fois celui qui crée et celui qui détruit.

Notons que dans l’hindouisme, ce n’est pas Shiva qui fait tout ça ! On retrouve souvent une forme de trinité, chacun a son rôle. (Parenthèse : tous les yogis ne sont pas hindouistes... Mais je vous donne l'info pour donner un contexte culturel).

Brahma est le créateur, Vishnou le protecteur et Shiva le destructeur. Je précise que cela est vu comme un cercle et non comme un processus qui va d’un début vers une fin. La destruction assurée par Shiva est une étape du cycle qui est nécessaire pour permettre à Brahma de faire son job, c’est-à-dire créer.

Cette tandava, danse effectuée en faisant des gestes vifs, voire violents, représente la succession des cycles. Cycles du monde, cycles personnels, à l’échelle de l’humanité ou d’une vie, de la planète ou de l’univers, c’est ce dont s’occupe Shiva lorsqu’il danse pour créer, détruire et recréer tout ce qui disparaît.

A quelles qualités se relier en faisant la posture du roi de la danse ?

Lorsque l’on prend une posture, il y a plusieurs choses à prendre en compte. Déjà, on ne fait pas du fitness. Je suis horrifiée de voir que natarajasana est une super posture pour gainer ou raffermir les cuisses. Alors ouiiiii ça doit fonctionner mais franchement je pense qu’il y a plus efficace. Donc il y a le côté physique, dans chaque posture que l’on ne peut pas mettre de côté. Il y a l’effet de la posture sur le souffle, on y reviendra. Enfin il y a l’archétype de la posture.

La combinaison de l’asana, du pranayama et du sens qui est donné à cette pratique peut enfin être appelée yoga.

Devenir le roi (ou la reine !) de la danse

Lorsque l’on prend une posture de yoga on quitte notre petit moi pour entrer dans la peau de quelqu’un d’autre. On se déguise en tortue, en montagne, ou en Shiva. C’est donc un espace dans lequel nous sommes invités à sortir de notre petite personne pour nous relier à des qualités que nous avons mais dont nous n’avons pour la plupart pas conscience.

Je prends natarajasana, je deviens le roi de la danse.

Je prends conscience de mon pouvoir de création, de protection et de destruction.

Je danse au milieu du cercle de flammes, je suis au cœur de l’illusion.

Je peux choisir le laisser Apasmara vivre sa vie ou je peux choisir de l’immobiliser, de le mettre à un niveau totalement inférieur.

Je peux aussi faire cela consciemment ou pas, je peux me laisser limiter par le cercle de flammes ou pas (je suis Shiva je vous dis, bien sûr que je peux !).

Je ne dis pas que l’on devient super héros en s’exerçant à natarajasana. Simplement, nous pouvons commencer à observer ces actions de création, protection et destruction que nous accomplissons tout au long de nos journées sans même y penser. Et cette simple observation est déjà importante. Elle peut mener à un contentement, à des prises de décision, à un certain contentement peut-être. C’est une prise de conscience de notre pouvoir, de nos actions et de leurs répercussions sur le monde.

Moins de postures pour plus d’efficacité

Je trouve ça intéressant de ne pas faire une séance de yoga avec 50 postures. Pour plein de raisons, mais notamment parce que cette multiplicité n’aide pas à se relier profondément avec les questions issues de chaque posture.

Ne faire que la posture du danseur nous laissera un souvenir, un écho, une empreinte de ce questionnement sur nous en tant que Nataraja. Plus il y a de postures, moins cette empreinte a de puissance.

 

Comment s’exercer à Natarajasana ?

nataraja yoga

Le but de cette fiche posture sur Natarajasana

Comme d’habitude, simple bon sens : une posture ne s’apprend pas sur internet en lisant la page d’une nana que vous ne connaissez même pas. Donc ces indications sont là pour vous divertir, pour vous apprendre quelques trucs et pour servir de résumé aux personnes qui pratiquent déjà.

Le yoga est une discipline vivante où le rôle de la transmission est important. Que ce soit des cours de yoga en ligne ou en « vrai », je suis persuadée qu’il vaut mieux apprendre en étant un minimum accompagné. Pas tant pour le côté technique que pour assurer une continuité, une chaleur, de la vie dans cette transmission.

2 propositions pour la posture du roi de la danse

C’est toujours la même version du danseur qui est mise en avant car elle est esthétique, mais il en existe plusieurs « versions ».

La première est certainement la plus accessible : elle consiste à rester debout, bien vertical, et à prendre le pied gauche dans la main gauche (c’est pour l’exemple, on fait les 2 côtés, hein). L’étirement des bras se fait sur le plan vertical. Le pied gauche tire vers le bas, l’index gauche est pointé vers le plafond. Tout le jeu est de tenir la verticalité, l’équilibre, sans exagérer la cambrure, sans déhancher… Bref, une danse équilibrée entre immobilité, verticalité et stabilité.

La deuxième version que je vous présente est la plus connue. Cette verticalité est toujours notre base, notre axe vertical. Si nous sommes sur le pied droit, cette fois l’index droit est pointé vers l’avant tandis que le pied gauche nous tire vers l’arrière. Le buste reste vertical tandis que les bras sont alignés sur le plan horizontal.

Pranayama dans natarajasana

Le pranayama tient un rôle important dans natarajasana. On installe le souffle ujjayin, et on peut proposer le rythme 4 temps d’inspiration, 16 de pause (ne devenez pas violets, réduisez si c’est trop !) et 8 pour expirer.

La respiration est difficile à contrôler tant que la posture est tenue avec une forme de rigidité, mais avec le temps tout s’allège, et cette gestion du souffle participe à la sensation d’immobilité que l’on peut finir par trouver.

Quels bénéfices attendre de natarajasana ?

L’éveil, pardi ! Pour quelle autre raison pourrait-on s’adonner à la pratique du yoga ?

Bon, pour les moins ambitieux d’entre vous, je pense que c’est une bonne posture pour travailler sa verticalité, son équilibre, son ancrage, la flexibilité du bas du dos, la force, l’endurance, la concentration, la proprioception et… la patience !

Dans quels cas éviter de faire natarajasana ?

Evidemment si vous avez les genoux ou les chevilles fragiles, ce n’est pas idéal.

La posture du roi de la danse est à éviter en cas d’hypertension, en particulier si on utilise un rythme exigeant au niveau du souffle, type 4/16/8.

Bonus : le pouvoir secret de Natarajasana

Comme j'adore être bête...

natarajasana

Je vous délivre un secret. Natarajasana vous donne un super pouvoir. Tel un Shiva qui a plein de bras, vous disposez d'un pied libre grâce à un sens de l'équilibre extrêmement développé.

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