La divinité Tara, image de la compassion

Tara et l’importance des symboles et archétypes

Tant dans l’hindouisme que dans le bouddhisme, Tara est très présente. Son nom signifie littéralement l’étoile. L’étoile qui guide, comme Vénus, et donc Tara est aussi assimilée à la guide ou à la libératrice, celle qui fait passer d’une rive à l’autre. De l’ignorance à la connaissance, des ténèbres à la lumière, etc. Elle est aussi celle qui nous fait traverser le samsara (cycle des morts et des renaissances) où nous passons d’une incarnation à l’autre.

Tara dans la religion bouddhiste

Tara a une importance particulière dans le bouddhisme. L’histoire dit que Tara était la princesse « Lune de sagesse » et qu’elle décida un jour de devenir nonne. Grande figure de compassion, elle décida de continuer à aider les êtres humains jusqu’à ce que le cycle des réincarnations ait pris fin pour tous. Cette histoire est similaire à celle du Bouddha de la compassion, Avalokiteshvara. Elle est l’une de ses émanations, les légendes disent qu’elle serait née de l’une de ses larmes…

On distingue dans le bouddhisme 21 formes de Tara. Elles se différencient par leurs attributs et par leurs couleurs. Les plus connues des pratiquants bouddhistes sont Tara verte (qui protège de tous les dangers) et Tara blanche dont le mantra est souvent récité pour apporter santé et longévité.

La figure de Tara dans la religion hindoue

Tara est également présente dans l’hindouisme, même si cela est moins connu. Elle fait partie des 10 mahavidya. « Maha » signifie « grande » et « vidya » peut être traduit par « sagesse », « connaissance » ou encore « manifestation ». Chacune des 10 mahavidya représente un aspect différent du divin.

Elle est représentée avec 4 bras. Dans ses mains elle tient l’épée de la connaissance (jnanakhadga) et une tête coupée qui est une image du sectionnement de l’égo. Grâce au pouvoir de la conscience, cette mahavidya nous permet de trancher cet égo qui nous limite grâce à l’épée. L’égo ne se limite pas à l’orgueil, c’est un ensemble de conditionnements dont il faut se défaire si l’on souhaite accéder à notre être véritable, celui qui est au-delà des concepts et des conditionnements.

Tara tient également des ciseaux qui symbolisent cette même coupure des attachements et sa dernière main tient un lotus de couleur bleue, son cœur ouvert. Le troisième œil au centre de son front à l’emplacement du chakra ajna est synonyme de connaissance, on le comprend parfois comme sa capacité à voir les trois temps (passé, présent, futur)… Ou sa capacité à comprendre qu’ils ne forment qu’un ?

Les cheveux de Tara ne sont pas détachés comme ceux d’autres déesses représentées dans l’hindouisme. Ce qu’elle représente n’est pas la liberté mais l’ascétisme, la rigueur du yogi (ou de la yogini) qui parvient à maîtriser les fluctuations du mental. Akshobhya, le serpent à dix têtes qui représente la conscience de Shiva s’élève au-dessus d’elle. Cette conscience immobile est celle qui laisse émerger la transparence de l’esprit libre des conditionnements et des limitations.

Dieux, déesses, archétypes et symboles

Les déesses se distinguent par leurs attributs et le panthéon hindou semble parfois complexe car on pense (on voit) qu’il comporte une multitude de divinités. En réalité, il n’y a qu’un principe divin mais celui-ci peut revêtir de multiples formes.

Les hindous ne voient pas ces rerésentations comme des divinités extérieures à eux mais comme des principes qui sont à la fois présents en soi et dans l’univers. Par exemple, avec Tara, le principe de compassion est en nous (à des degrés différents suivant les personnes, bien sûr !) et à l’extérieur.

La figure de Tara n’est qu’un symbole, une manière non mentale de se mettre en lien avec cette qualité. On pourrait méditer sur le concept de compassion, mais cela reste très abstrait et mènerait inévitablement à des cogitations stériles. En se mettant en lien avec une image extérieure, en la vénérant et en méditant sur elle, le lien se fait de manière plus directe, plus intuitive.

Un concept, un mot est réducteur. La compassion par exemple ne peut se résumer à un mot. Grâce au symbole, on peut accéder à un état, une sensation au-delà du verbe qui va bien plus loin que le simple mot de « compassion ».

Pour quelqu’un qui a baigné dans cette culture depuis sa naissance l’image est encore plus forte car elle est chargée affectivement. Le lien entre la qualité et le symbole sera également plus fort car il aura été tissé dès l’enfance.

Les symboles nous permettent d’aller au-delà du mental dualisant, au-delà des mots et du conscient. Ils font appel à notre être profond en utilisant des codes universels qui transcendent les cultures, les langues, les peuples.

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