Tantrisme et morale

Épineuse question que celle de la place de la morale dans le tantrisme, et dans le yoga en général. On idéalise parfois les yogis qui devraient toujours avoir le mot juste pour dénouer les conflits et rester calmes quoi qu’il arrive. Et ils doivent être végétariens, généreux à l’extrême, totalement dévoués aux autres, avoir une absence totale d’égo, une sérénité à toute épreuve… Désolée de vous décevoir, mais ce n’est pas (toujours) le cas !

La morale, une notion relative

Je vous demande le temps de cet article de devenir aussi cyniques que moi et de lire ces lignes en vous affranchissant de la notion de bien / mal : soyez seulement logiques et tout se passera bien.

La morale, c’est une construction sociale, on ne peut pas dire le contraire. Pour preuve, la morale change en fonction des époques et des lieux, s’il y avait une morale universelle ça se saurait… Globalement, la plupart des civilisations s’accordent à dire que c’est mieux de ne pas tuer, mais il y a bien longtemps cela était toléré voire encouragé pour certaines pratiques comme les sacrifices, et encore de nos jours dans les guerres, ou encore dans un cadre « légal » comme les pays où la peine de mort est encore en vigueur. Vous voyez, la morale souffre de nombreuses exceptions

De l’utilité de la morale

Par conséquent, on peut reconnaître l’intérêt de la morale comme ciment de la vie en communauté. Il est même recommandé d’avoir une morale, un ensemble de valeurs commune lorsque l’on évolue en société… La morale va générer un certain nombre de conditionnements, mais là encore, peut-on vraiment en faire l’économie lorsque l’on ne vit pas en ermite ? Le yogi essaiera de se défaire des attachements, des conditionnements. C’est pour cela que l’on dit parfois, dans le cas du tantrisme, qu’il faudra également à un moment où à un autre s’affranchir de la morale… Mais dans le cadre de se pratique personnelle, pas en société.

La spécificité du tantrisme

Certaines formes de yoga sont tournées vers la dévotion : on suppose lorsque l’on choisit ces voies que le développement de qualités conformes à la morale, la bonté, la gentillesse, la générosité, la dévotion, etc. permet d’atteindre certains niveaux de réalisation. Seulement, le chemin est beaucoup plus long que lorsque l’on privilégie les techniques amorales (pas immorales, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit) d’éveil de l’énergie et de maîtrise du souffle.

En pratique, on constate que les tantrikas modernes sont tout de même, globalement, assez respectueux de la morale et ont une certaine éthique même si leur branche ne préconise pas de se comporter de telle ou telle manière. À la limite, la seule règle est de ne pas se comporter comme un pashu dans la mesure du possible.

Pourquoi ce respect de certaines valeurs ? Je dirai, pour ne pas s’encombrer l’esprit. Comment peut-on se concentrer sur la pratique lorsque l’on est rongé par le remord, la culpabilité, l’envie ? Le plus simple est donc de se conformer à une morale, mais dont on fixe soi-même le cadre (certains cadres sont en décalage avec ceux que les sociétés peuvent imposer, c’est pour cela que certains tantrikas ou siddhas ont à certaines époques été diabolisés, rejetés, stigmatisés).

La morale des yogis tantriques pourrait donc se résumer à deux règles :

  1. Ne pas faire ce qui pourrait conduire à des pensées ou à des situations désagréables, et
  2. Mettre un peu plus de conscience dans chaque acte du quotidien, si banal soit-il.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge