La méditation de Tonglen, prendre et donner

Ouverture du cœur et méditation de Tonglen

Tonglen est une pratique de méditation bouddhiste qui permet de créer un lien positif entre soi et l’extérieur. L’acceptation d’un tel échange suppose une grande ouverture. On entend souvent dire que le but ultime des voies spirituelles est l’ouverture du cœur. Et rangez-moi ce scalpel ! C’est très joli sur le papier mais que cela signifie-t-il ? Ouvrir son cœur c’est accueillir ses émotions, tout accueillir sans chercher à juger, sans classer, sans forcément mettre des mots ou intellectualiser. Ouvrir son cœur c’est écouter de la manière la plus pure, c’est être l’écoute même, laisser les choses venir à nous au lieu de sans cesse chercher à attirer ce que l’on juge positif tout en nous efforçant de repousser le négatif. Ouvrir son cœur c’est être dans l’acceptation mais pas dans la résignation. C’est savoir prendre l’émotion pure sans avoir peur qu’une situation heureuse ne se termine trop tôt ou sans vouloir qu’une situation difficile ne s’améliore. C’est finalement très simple à comprendre et très difficile à appliquer, appréhender la réalité telle qu’elle est.

Donner et recevoir, un mouvement perpétuel

Dans l’existence tout est mouvement. Les cycles de la nature desquels nous nous sommes coupés continuent d’exister même si nous n’y prêtons pas attention, les situations ne cessent d’évoluer au cours de la vie, la maladie succède à la santé parfaite, la graine de son contraire est prête à germer en chaque chose.

La respiration suit ce modèle : prendre, donner, une l’alternance entre deux mouvements que l’on pourrait qualifier d’opposer, de contraires… et de complémentaires. Nous oscillons nous-même en permanence entre une chose et son contraire et lorsque nous avons la chance de commencer à sortir de la dualité nous y revenons bien vite car c’est tellement confortable. Qui ne s’est jamais retrouvé dans cette situation étrange où deux sentiments contradictoires se mêlent ? Qui n’a jamais eu envie de sourire au milieu d’une crise de larme ou n’a jamais éprouvé un élan de compassion pour une personne que l’on croit haïr profondément ?

Arrêtons un moment de vouloir changer les choses. On peut bien sûr changer ce qui peut l’être sans trop d’effort pour améliorer son confort mais les choses qui ne peuvent pas être changées doivent être acceptées.

Se relier aux autres en prenant conscience de notre interdépendance

En donnant et en recevant on prend conscience de n’être rien d’autre qu’un maillon de plus dans cette chaîne immense qu’est l’Univers. En refusant de donner et de prendre on crée des barrières qui nous séparent du Tout en ayant l’illusion de se protéger. Un ami m’a dit un jour une très belle chose : « C’est en étant vulnérable que l’on est le plus fort. Quand je rencontre une personne je lui dévoile mes faiblesses, mes fragilités. »

Personne ne veut faire du mal à quelqu’un qui partage ses doutes et ses peurs, ses imperfections. Et même si c’est le cas, on se sent moins blessé car on sait que cette personne n’a même pas eu à chercher ces points sensibles. Avouer cela c’est aussi prendre conscience de ses faiblesses. Se les avouer et les avouer aux autres, les reconnaître sans s’en offusquer, quelle plus belle preuve d’ouverture ?

Nous évoquons ici les rapports avec l’extérieur mais le sujet que je souhaite aborder aujourd’hui, c’est l’acceptation de nos états intérieurs. Simplement prendre conscience des pensées ou des états émotionnels qui nous traversent en baissant le son du flux de commentaires qui ne tarderont pas à surgir de notre petite voix intérieur. Chuuuuut, on verra ça plus tard.

De temps en temps coupez le son, centrez-vous sur la pure sensation. Oubliez la cause de la joie, ressentez la joie. Oubliez cette personne qui vous a fait mal et concentrez-vous sur la douleur. Nul besoin d’ajouter de la souffrance à cette douleur, elle est déjà suffisamment vive alors ne cherchez pas à l’analyser ou à la raviver, vivez-là simplement pleinement. On peut cultiver cette présence, cet accueil en méditation mais aussi (surtout) à chaque instant.

Nous avons tous les mêmes aspirations. Nous pensons être uniques mais nous avons tous les mêmes désirs et les mêmes peurs. Nous cherchons tous à être heureux, sereins, nous avons tous peur d l’abandon, de la mort. Ces désirs et ses peurs s’expriment de multiples façons d’où l’illusion de différence mais fondamentalement nous sommes identiques, dictés par les mêmes pulsions et angoisses.

La pratique de Tonglen, un lien entre soi et l’extérieur

« Tonglen » signifie littéralement « prendre et donner« . Cette pratique de méditation permet de formaliser, de concrétiser les concepts un peu abstraits que nous avons vus plus haut. Nous allons chercher l’ouverture, le lâcher-prise, l’acceptation. Sentir que la frontière entre soi-même et l’extérieur est finalement assez fine.

Avant de démarrer une pratique formelle il est bon de se rappeler cela : l’ouverture est le seul moyen de se libérer de la souffrance, nous sommes identiques aux autres, nous sommes reliés : il est difficile de se réjouir lorsque tout notre environnement souffre, et inversement. Nous allons progressivement effacer les notions limitantes de sujet et d’objet, de positif et de négatif.

Le cœur est dans toutes les traditions la zone associée à la compassion et au lien entre soi et l’extérieur, un lieu symbolique de passage. Nous allons donc nous centrer dans le cœur, ou à la hauteur du cœur au centre de la poitrine. L’attention est portée sur la respiration. À l’inspiration on peut voir sous la forme que l’on souhaite les souffrances et les tensions que subissent note entourage entrer en nous, à l’expiration on rend cette énergie purifiée qui part du cœur sous forme de lumière, de joie, de compassion.

De manière très pratique et concrète vous pouvez mettre en place cette visualisation de différentes manières. Une façon courante de faire est de visualiser le cœur comme un espace ouvert et lumineux, comme un lieu de purification. À l’inspiration les tensions, les émotions dites négatives peuvent être vues comme une fumée noire. L’énergie purifiée que l’on rend sur l’expiration peut être vue comme un filet d’énergie, de lumière qui se diffuse. On peut visualiser une personne en particulier ou choisir celle qui est en face de nous. On peut faire la pratique de manière « générale » (aspiration de la souffrance, don de la joie et de l’harmonie) ou pour travailler sur une situation particulière comme un conflit ou une maladie.

Évidemment, nous ne sommes pas de grands saints. Au départ, il est beaucoup plus simple de commencer la pratique de Tonglen avec une personne que l’on aime et dont on se soucie. Au fil du temps, la pratique deviendra plus aisée et l’on pourra la faire en se concentrant sur une personne qui est… moins chère à notre cœur, dirons-nous !

Pour que la pratique soit agréable et efficace il ne faut pas avoir la sensation de se salir en absorbant cette négativité ou d’être privé de quelque chose d’essentiel à soi en rendant l’énergie positive. L’idée est de sortir de cette pensée de vases communicants : ce n’est pas parce que je donne que j’ai moins. C’est un peu ce que les parents expliquent  leurs enfants : quand ils ont un petit frère ou une petite sœur les parents ne les aiment pas moins, la quantité d’amour n’est pas limitée. Soyons également conscients de notre capacité à transmuter la souffrance de l’autre. Pour cela, nous devons commencer par la nôtre, c’est pour cela que la reconnaissance et l’acceptation de ses propres émotions est essentielle.

C’est cela la recherche spirituelle, cette recherche de divin : cet abandon à ce qui est, cette reconnaissance de ce qui se présente.

Installer la pratique de Tonglen au quotidien

Cette pratique de manière formelle peut (devrait) bien sûr être alimentée au fil de la journée. On peut même la faire de manière informelle lorsque l’on parle à une personne. Prenons un exemple très concret : quelqu’un vous parle et vous ressentez une forme d’agressivité, de stress, de tension. Au lieu de vous focaliser sur le discours et sur les répliques incendiaires que vous pourriez lui balancer, faites Tonglen 😀

Ce n’est pas magique mais cette pratique a au moins 2 mérites dans ce cas : vous vous impatientez moins si l’autre ne vous laisse pas l’opportunité de placer un mot et vous restez bien disposé à son égard, ce qui vous aidera à apaiser la situation une fois le monologue terminé. Une bonne manière d’amorcer une communication non violente.

On apprend ainsi peu à peu à accepter au lieu de réagir, à laisser les choses être au lieu de chercher sans cesse à modifier la réalité. C’est un excellent moyen pour prendre du recul et pour laisser passer l’émotion (après l’avoir pleinement reconnue) avant d’agir. On parle bien d’action, non de réaction.

Symboliquement, Tonglen est un exercice de transmutation. Jouons au petit alchimiste. Il ne s’agit pas de se sacrifier, d’absorber tout le mal et de se détacher de tout ce qui est bon mais bien de transmuter les énergies moins porteuses en énergies plus lumineuses. Et tout ça grâce au pouvoir du cœur, de l’ouverture, de l’acceptation. Ne perdez pas une seconde pour commencer.

2 réflexions au sujet de « Ouverture du cœur et méditation de Tonglen »

  1. Merci, je vais essayer. J’avais beaucoup de mal face aux situations d’échange où la personne en face fait un monologue par exemple et où je bous intérieurement. Accepter plutôt que réagir.

    1. Bonjour Elise, hé oui tout est dans l’acceptation… Plus facile à dire qu’à faire et cela prend du temps, mais on voit rapidement les changements 😀

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge