Le poids du karma

La libération (moksha) est souvent présentée comme le but ultime des exercices de hatha yoga. Mais de quoi cherche-t-on à se libérer exactement ? Revenons sur la notion de karma pour expliquer quelques-unes de ses nuances plus en détail.

Comprendre la notion de karma

Dans le langage courant, on utilise le mot karma à tort et à travers sans comprendre toutes les nuances de ce mot sanskrit qui ne peut pas être traduit autrement que par une périphrase indigeste. Dans le souci de ramener une notion inconnue à quelque chose de connue, on a assimilé de karma à notre vision judéo chrétienne de pêché et de récompense : on pense donc que lorsque l’on fait une bonne action on récolte des bénéfices et que lorsque l’on agit mal le retour de bâton se fera sentir tôt ou tard… Ahhhh cette pression de la morale que la société nous impose !

On chercherait donc à accumuler plein de « bon karma » dans l’optique d’avoir une vie remplie de plaisirs ? Pas très compatible avec cette notion de détachement qui est si chère au yoga. Non, en réalité le karma n’est que la loi de causes à effets où la notion de morale n’a pas sa place. Si l’on considère cela, c’est bien plus subtil !

Karma = action

Le karma, c’est l’action. Qu’on le veuille ou non, nous sommes obligés d’agir à tout moment. Une pensée est déjà la graine d’une action, le simple fait de respirer, de boire ou de manger est déjà une action. Échapper à l’action est donc illusoire. Échapper aux fruits de l’action, c’est l’étape suivante. Naturellement on a envie de récolter les fruits d’un karma que nous qualifions comme positif mais pas les fruits d’un karma que nous jugeons négatif. En raisonnant comme ça on est déjà dans la dualité mais dans un premier temps, il est logique de raisonner ainsi.

« Après s’être débarrassé de l’entrave du mal on doit également, pour obtenir la Délivrance, se débarrasser de l’entrave du bien »

Cette phrase extraite du Vijnana bhairava tantra illustre bien l’objectif final : même en continuant d’agir dans le monde, l’action est purement désintéressée puisque nous n’agissons que pour réaliser l’action en elle-même et non plus pour en retirer les fruits. Pourquoi continuer d’agir dans ce cas ? Pour le plaisir de l’acte en lui-même.

Karma et vie quotidienne

Au quotidien, on peut déjà appliquer ces principes qui peuvent paraître un peu abstraits. Concrètement, ça revient à agir en se détachant du résultat dans chaque action, on fait du mieux que l’on peut pour le plaisir de la tâche correctement accomplie, pour être en paix avec soi-même en sachant que l’on a fait son maximum par rapport à ses capacités dans l’instant. Que cela fonctionne ou pas, que cela donne un résultat inespéré ou au contraire que cela ne fonctionne pas du tout, à la limite ce n’est plus notre problème.

Cela ne veut pas dire qu’il faille rejeter les fruits positifs de ses actions ! Simplement, s’ils ne sont pas là, on ne restera pas à ruminer pendant des heures, des jours, des mois. Ce détachement, à mon sens, n’est possible que si l’on est sûr d’avoir fait de son mieux. L’ancrage dans l’instant présent est la clef pour parvenir à ce détachement.

D’une vie à l’autre, le karma

La croyance hindouiste définit le karma comme quelque chose d’assez tenace. Il ne suffit pas de mourir pour s’en débarrasser. C’est en apparence binaire : si on a un bon karma on a une bonne réincarnation, si on a mal agit au cours de sa vie on a un mauvais karma et notre future réincarnation sera horrible. Ça, on oublie. Encore une fois, ce sont les religions monothéistes qui imposent leur vision moralisatrice.

C’est plus une histoire de fréquence que de morale : on attire automatiquement ce qui vibre sur la même fréquence que nous. On parle ici d’énergies, de niveau d’énergie et non de qualités morales. Si on vibre sur la fréquence de l’angoisse, on aurait donc plus de chances de se réincarner (si l’on croit au Samsara, cycle des renaissances) dans un lieu où l’angoisse est le sentiment dominant. Là où cela ne paraît pas « juste », c’est qu’on peut passer toute une vie à accumuler du karma très positif mais si un vent de panique nous submerge au moment de mourir, c’est bien cette tendance, cette vibration qui conditionnera la suite. C’est pour cela que les sages passent leur vie à préparer leur mort… Car ce passage vers l’autre rive est également une occasion unique de briser le cycle des renaissances.

Comment se libérer du karma ?

karma et liberté

Selon ses actes l’humain expérimente plaisir ou douleur. L’ignorant qui n’a pas conscience des autres plans de l’univers passe sans fin de la naissance à la mort et de la mort à la naissance.

Kularnava tantra

Ceux qui ont encore des désirs liés au monde manifesté y resteront attachés. C’est le mental qui crée ce lien, qui attache au samsara. On ne peut pas se libérer du mental par le mental, ce n’est donc pas en hyper intellectualisant (beau néologisme, non ?) que l’on parvient à se libérer de l’emprise du mental discursif.

Le travail sur les énergies que l’on fait avec les techniques de hatha yoga, le développement de l’intuition et de l’intelligence du cœur sont les outils qui permettent de se détacher progressivement des fruits de ses actions. Un travail qui prendra certainement plusieurs vies ! Jusqu’à l’épuisement de tous les karmas résiduels, le cycle continuera. Le but est bien de ne plus s’incarner, de rejoindre le grand tout.

Pour imager cette phrase, on peut considérer le corps humain comme un piège à énergie et une fois le dernier souffle rendu, cette somme d’énergie qui était dans le corps peut soit chercher une nouvelle enveloppe s’il lui reste des karmas à épuiser, soit se dissoudre et faire partie intégrante de l’énergie qui occupe chaque parcelle de vide. En occident, on a du mal à concevoir que ce que l’on recherche, c’est la dissolution complète ! Parce que notre petit égo prend peur, que va-t-il devenir ?

Si l’on atteint la libération de son vivant, une fois les karmas épuisés, le jivan mukta (délivré vivant) continuera de vivre mais sans produire aucun karma, il n’agira plus suivant la logique de la peur ou du désir… Ne savez-vous pas que ceux que l’on qualifie de fous parce que l’on ne les comprend pas peuvent être ceux qui s’approchent le plus de la libération ? Cultivez donc votre étincelle de folie et laissez le mental ordinaire se reposer !

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